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Des mois ont passé depuis que j’ai demandé à ne référencer que les catégories Anime et Manga de mon blog. D’autres mois ont aussi défilé alors que j’avais donné une nouvelle orientation à ce que je faisais de ce lieu qui est mien sur le web. En somme, c’était parler d’autres choses que d’animation japonaise.

Aujourd’hui inaugure enfin ce mouvement avec in the Mood for Love (2000) du très grand cinéaste asiatique Wong Kar Wai. Le réalisateur revenait alors avec deux acteurs qu’il affectionne tout particulièrement : Tony Leung Chiu-wai (Nos années sauvages, Chungking Express, Happy Together, 2046, tous tournés avec Wong Kar Wai) qui a reçu le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2000 pour le long métrage qui nous intéresse maintenant. Pourquoi Maggie Cheung Man-yuk (Nos années sauvages, Center Stage, Clean, 2046) n’a-t-elle rien eut ? C’est une question qui se pose… tant il est vrai que sa performance est parfaite et indissociable de celle de son homologue masculin. Elle recevra toutefois des récompenses méritées au Golden Horse Awards 2000 – festival tenu à Taiwan – ainsi qu’au Hong Kong Awards 2000. Le film recevra aussi le César du meilleur film étranger en 2001.

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À Hong Kong, en 1962, deux couples emménagent le même jour dans une petite pension. M. Chow (Tony Leung) et sa voisine de palier Mme Chan (Maggie Cheung) découvrent que leurs conjoints respectifs entretiennent une liaison. Choqués par cette découverte, les époux trompés se rapprochent l’un de l’autre et essayent de comprendre. Mais au fil de leurs rencontres, M. Chow sent changer ses sentiments envers sa confidente…

Le pitch de départ aurait pu paraître classique, voir usagé, c’est sans compter sur les immenses qualités d’esthètes du réalisateur et l’angle par lequel celui-ci développe et déroule l’histoire. In the Mood for Love n’est pas un énième film narrant les péripéties d’une liaison, qui plus est une liaison vouée à l’échec, mais la tentative de l’inclure toute entière dans une époque sans jamais perdre de vue le style de vie qui accompagnait cette période.

« La plus grand différence est que dans ce film, nous décrivons des personnages qui sont mariés. Dans Nos années sauvages, ils étaient célibataires. Les époques sont différentes. Dans les années 60, tout était caché, recouvert. Dans ce film, je ne raconte pas une histoire à propos d’une liaison, mais une certaine attitude dans une certaine période du passé dans l’histoire de Hong Kong. Et comment les gens ressentent ça […]. Tout me semblait plus intéressant à travers l’époque, et comment les gens considèrent ces liaisons au fil des ans. Ils gardent ça secret. C’est ce qui est primordial dans ce film. » Wong Kar Wai

Un très bref retour sur le contexte historique est en effet de mise. La République populaire de Chine naît le 1er Octobre 1949 alors que le parti communiste chinois s’impose militairement face au guomindang. S’en suive les déboires du régime telles qu’on les connait : les exécutions, l’envahissement du Tibet, le Grand Bond en avant lancé par Mao en 1958 qui provoque une famine importante. Dans ces conditions beaucoup de mandarins fuient pour Hong Kong qui est une des deux régions administratives spéciale de la République populaire de Chine. Cette région a aussi un important passé de colonie britannique. C’est pourquoi en vertu de la loi fondamentale de Hong Kong et de la déclaration commune sino-britannique, Hong Kong a un système légal et judiciaire distinct de celui de la Chine continentale. Si on trouve ici la promesse d’un lieu d’exil pour beaucoup de chinois c’est aussi et surtout dans la pratique le choc de deux cultures. Celle du nord qui parle mandarin (majoritaire en Chine) et le sud dont la langue principale est le cantonais. Dans le film la propriétaire de la pension ainsi que sa famille et ses voisins sont donc des mandarins arrivés à Hong Kong en 1949. Ce sont des gens particuliers au sens où ils vivent entre eux, ils ne se mêlent pas à la population cantonaise : ils ont leurs propres restaurants, leurs cinémas en mandarin, etc… C’est à l’intérieur de ce milieu que les deux couples principaux (bien que le vocable couple soit bringballé) louent chacun une chambre et se retrouvent voisins de palier.

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Au départ ce ne sont que rencontres timides et bavardages en bonne et due forme dans des espaces clos, parfois exigus. Chow et Chan se croisent dans une cage d’escalier, au détour d’un couloir, devant l’entrée d’un restaurant. La caméra semble faire du spectateur un témoin direct, presque voyeur, des scènes : il arrive parfois que Wong Kar Wai ne laisse qu’une porte entrebâillée par laquelle on distingue ce que verrait un curieux passant par là. Peu à peu le mari de Chan se retrouve de plus en plus souvent en voyage d’affaire, il en va de même pour la femme de Chow. La solitude et les soupçons vont les rapprocher, ce qui entrainera les commérages du voisinage. Rappelons que nous sommes en 1962, les choses doivent rester, comme précédemment dit cachées, sous peine de faire jaser. Une femme qui n’attend pas sagement le retour de son tendre époux est prétexte à un déversement de consternation de la part de l’entourage. Toujours à propos du thème de ce qui est caché : les rares fois où les époux « fautifs » (notez bien les guillemets) sont visibles ce n’est que partiellement. Entendez par là que jamais leur visage ne vous sera divulgué. Le réalisateur offre même quelques séquences dans lesquelles nous voyons les personnages principaux parler à leur conjoint qui est lui situé hors-champ, ne laissant qu’une voix comme signe distinctif possible. Ils sont les grands absents devant la caméra. C’est par ce manque que va s’instituer le rapprochement des protagonistes interprétés par Maggie Cheung et Tony Leung. L’absence pesante de l’autre est le déclencheur, l’instigateur du mouvement qui va parcourir le film.

Le mouvement, parlons-en ! Wong Kar Wai fait montre d’un raffinement sublime et d’une esthétique tellement belle et sensuelle dans sa façon de filmer. Preuve en est les scènes où l’on peut entendre le fameux thème musical Yumeji qui n’est d’ailleurs pas une création originale pour in the Mood for Love. Wong Kar Wai a en effet demandé l’autorisation au compositeur Shigeru Umebayashi d’utiliser ce thème qu’est Yumeji, tiré d’un film éponyme et réalisé par Seijun Suzuki en 1991. C’est une valse magnifique qui le devient encore plus par son utilisation obsédante lors de plan où la scène est ralentie : le ballet des corps dansant sur cette air devient alors celui des deux acteurs se croisant au détour d’une ruelle, dans la descente d’un escalier, ou lorsqu’ils se frôlent avec un sourire de fortune durant une partie de mah-jong. Cette musique et le ralenti qui lui est attaché se voit reprise plusieurs fois dans le film, c’est un enchantement qui fait mouche à chaque moment tant il laisse pantois et confine à l’ataraxie. In the Mood for Love semble être tout entier construit autour de cette valse parce qu’elle distille le rythme et le tempo que le film fait sien. C’est ainsi que nombre de mouvements de caméra ou encore la vitesse du travelling sont basés sur le rythme de la musique. Le ralenti n’est pas utilisé pour accroître voir amplifier les mouvements des personnages, c’est plus ici pour capter un environnement, une ambiance complète qui reflète le Hong Kong de ces années là.

Chan et Chow se trouvent tous deux désemparés devant l’abandon brutal de leur conjoint. Les acteurs sont criants de vérité, nostalgique à souhait. Une question prend alors le pas sur tout le reste : pourquoi ? Pourquoi leur ont-ils fait ça ?

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C’est comme un jeu de dupe qui s’engage à cet instant, une amitié commence et avec elle une tragédie théâtrale. Durant des séances ils se mettent à jouer les acteurs, ils deviennent le temps d’un éclaircissement un/une autre et tentent de reconstruire par l’imagination les divers stades de la rencontre des époux infidèles. Entre imitation, interprétation d’un rôle et identification, les deux se perdent, d’autant plus que la pièce en plusieurs actes est le seul terrain possible pour que leurs affects se libèrent enfin du joug oppresseur du social d’une part, de leur culpabilité d’autre part. Mais qu’espère-t-il en l’autre sinon l’absent ? Wong Kar Wai dépeint une histoire sublime car inaccomplie, celle d’une douce mélancolie  qui se déploie au grès de la valse principale. En observant bien son œuvre on trouve d’ailleurs un détail somptueux dans sa manière de situer spatialement l’évolution de la relation des protagonistes principaux. Je m’explique en faisant retour à ce dont je parlais un peu plus haut, le fait qu’on ne voit jamais les conjoints « fautifs » : silhouette, puis voix, enfin absence. Le tout est entrelacé avec la confiance grandissante entre Chan et Chow. Et, alors que les conjoints sont désormais totalement absents, Wong Kar Wai multiplie les plans indirects sur les héros, très souvent vu au travers d’un miroir qui reflète leurs images à la caméra. Miroir, reflet, relation, image, le double. Finalement… n’est-ce pas là l’évidente métaphore de ce qu’il se passe ? Ils s’engagent lentement, cela malgré leur résistance, sur le départ d’une liaison qu’on dira pour le coup « en miroir ». Résultante du choc qu’ils ont éprouvé et du désir libéré par la comédie.

Puis c’est la scène finale qui prend le film à contre-pied. Grandiose. Un final d’une finesse rare, d’une nostalgie des plus voluptueuses. Tout simplement : une des fins les plus inoubliables qu’il m’est été donné de voir jusqu’à maintenant. Et la musique originale de Michael Galasso éprend chacune des fibres tendues de notre âme. Mieux vaut ne pas en dire plus à ce propos.

J’en profite pour continuer sur le chemin de la musique. Seules les compositions de Michael Galasso sont originales, in the Mood for Love contient des musiques directement venues de la période ici présentée. Wong Kar Wai avait en effet cinq ans lorsqu’il quitta Shanghai pour émigrer avec sa mère à Hong Kong. C’est tout son univers qui ressurgit donc à travers la caméra. Des airs d’opéra traditionnel pingtan, qui sont tous des enregistrements historiques par des interprètes extrêmement renommés en Chine. On y ajoute de la musique populaire chinoise, un peu de Rebecca Pan et surtout… l’artiste préféré de la mère du réalisateur : le chanteur et pianiste de jazz et de rhythm and blues Nat King Cole de son vrai nom Nathaniel Adams Coles. Il nous gratifie de quelques chansons aux rythmes latins chantées en espagnol, sa fameuse reprise de « Quizàs, Quizàs, Quizàs » entre autre.

Quinze mois de tournage… le temps qu’il aura fallu pour que l’équipe finisse ce bijou. Il faut à ce titre rappeler que Wong Kar Wai n’écrit jamais ses scénarios à l’avance, il improvise au fur et à mesure de la progression du film. Il est en tout cas certain que Wong Kar Wai, Maggie Cheung et Tony Leung peuvent se targuer d’avoir pris part à une œuvre qui leur survivra.

Très bonne édition DVD d’Ocean Films en passant.

Trailer

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Beyond good and evil

Fin du tour d’horizon des Genius Party Beyond. Au programme cette fois-ci une impasse, les peurs d’un enfant et un petit voyage lunaire déjanté.

Tojin Kit de Tatsuyuki Tanaka nous fait suivre dans un premier temps le quotidien plutôt lobotomisé d’une femme qui semble élever des créatures à la morphologie étrange. Elle leur offre ensuite une sorte de seconde vie en les transférant dans des peluches à l’aspect animal. Les journées dans son appartement dégradé auraient pu continuer ainsi si les autorités compétentes n’avaient eu vent de ce qui s’y trame.

Un petit film très appréciable, doté d’une réalisation et d’un dessin solide. Visuellement le gris domine largement l’univers présenté. Cette uniformité n’est à dire vrai dérangée que part quelques touches de rouille ici et là. Et de l’orange parsemant le tout : celui des inscriptions humaines sur les murs et celui des étranges pouvoirs qu’utilise le détective. La séquence où celui-ci laisse son regard percer au travers de la matière est d’ailleurs très joliment rendue. Quant à ceux qui ne sont pas de ce monde, les drôles de créatures, elles embrassent une myriade de formes et de couleurs, dénotant complètement avec le quotidien humain. Il se dégage du court-métrage une atmosphère très intrigante du fait d’un trop peu d’information, au final la sensation se marie très bien à l’univers aseptisé ici présenté. Tojin Kit fait figure de pur court-métrage en un sens, il n’y a pas d’explication particulière sur le monde : c’est une fenêtre qu’on nous ouvre, l’on s’y penche un instant et on en ressort. Mention spéciale à la scène finale mystique à souhait.

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Ah… Wanwa the Doggy (aussi traduit Puppy) de Shinya Ohira. S’il surprend c’est tout d’abord par son parti prix graphique. Du jamais vu en animation japonaise, en tout cas pour moi. Il faut remonter à Inaka Isha de Koji Yamamura pour retrouver une expérience visuelle déroutante comme celle-ci. Comment en donner un avant-goût ? Disons que Wanwa the Doggy ce sont les petits pâtés qu’un enfant de quatre ans aurait laissés sur une feuille. Pâtés auxquels il ajouterait quelques doses du vomi de son gouté savamment réparties ça et là. En voilà une description qui donne envie ! Et pour cause tout ce qui est en mouvement semble être fait d’une matière liquide : ça bouge, ça se tend et se détend, jamais ça ne garde la même forme. Mis à part les fonds qui eux sont souvent fait d’une très belle aquarelle. À propos de ceux-ci il est d’ailleurs bon de noter qu’Ohira, dans sa volonté de coller au plus près de l’univers de l’enfance, a travaillé avec les crayons de couleurs qu’utilisait son fils pour ses propres dessins. Une grande part des choses visibles à l’écran sont elles aussi inspirées de scènes dessinées par l’enfant.

Il est proprement impossible de faire le tour de tous les délires animés qu’on peut voir dans ce film. L’histoire elle-même présente les peurs, les fantasmes et les rêves d’un petit enfant alors que sa mère est sur le point d’accoucher. De la sobre chambre d’hôpital on passe à une course-poursuite surréaliste et effrénée entre le garçon et deux ogres. Puis à la rencontre du fameux « wanwa », de la douleur et du cortège qui l’accompagne. C’est bien entendu volontairement que je reste évasif.

Si au premier visionnage je n’avais pas forcément accroché, il faut bien admettre qu’après deux ou trois fois les qualités du court-métrage surgissent toutes seules. Elles sont entre autre : une animation unique, une jolie petite histoire ainsi qu’une belle percée dans l’univers des enfants. Il plaira à tous ceux à la recherche d’une animation hors-norme. Trois fois rien mais voici quelques animateurs crédités : Shinji Hashimoto, Kenichi Konishi, Masaaki Yuasa, You Yoshinari, Hisashi Mori, Shinsaku Kozuma, Osamu Tanabe et Atsuko Fukushima pour finir. Je regrette de ne pas avoir mieux que le parcellaire site d’ANN pour en savoir plus sur leurs travaux.

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Concluons par Moondrive de Kazuto Nakazawa qui ne se présente pas comme autre chose qu’une sacrée bombe de style. Sous le couvert d’un road-movie lunaire on fait la rencontre d’une bande de loubard ayant un faible pour les explosions et le style « prêt à tout pour arriver à mes fins ». Les quatre voleurs tombent sur une carte qui devrait les mener tout droit à un sacré pactole.

C’est incroyable et d’une constance irréprochable : chacun des films composant Genius Party est l’occasion pour nous de s’extasier sur une animation unique et des styles hétéroclites. Le boulot de Nakazawa ne déroge pas à la règle, il fait même très fort. Les péripéties ne sont finalement qu’un prétexte pour laisser se déchainer quelques gags et autres folies du réalisateur. La chose passe par un dessin avec crayonné apparent du plus bel effet et des fonds superbes. Par exemple la ville et la manière fantaisiste dont sont faits les immeubles avec leurs délimitations toujours courbes, jamais droites. Le réalisateur a même laissé quelques indications écrites de ses dessins préparatoires, c’est ce qu’on peut observer notamment sur le dernier screenshot dans la terre en arrière plan. Un très bon moment que ce court-métrage et 15 minutes qui filent très vite.

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En écrivant ce billet je me suis souvenu qu’il restait des segments de Genius Party qui n’avaient pas bénéficié d’une release sur le net à l’époque. Il s’agissait de Deathtic 4 de Shinji Kimura ainsi que de Limit Cycle par Hideki Futamura. Les deux sont désormais disponibles et ils sont semble-t-il excellents d’après ce que j’en lis à droite et à gauche. On avait aussi fait mention d’un épisode auquel aurait participé Nicolas de Crécy mais je ne trouve plus d’information le concernant, je crois bien qu’il avait été annulé. Impossible cependant de remettre la main sur une source.

Far away and beyond

Ce retour procède d’une injustice. Toujours la même. À savoir qu’il est accablant de constater comme l’on promeut peu ce qui doit l’être dans l’animation japonaise.

Nos génies sont de retour et ils vont cette fois-ci encore plus loin, ce qu’ils laissent apercevoir dans l’épithète : Beyond. Je veux bien entendu parler de Genius Party. Qu’est-ce donc que cela? Genius Party c’est une anthologie dans laquelle on donne la liberté à plusieurs réalisateurs de faire des courts-métrages au sein du studio 4°C.

Gala de Mahiro Maeda est arrivé à point nommé en ce qui me concerne pour redynamiser une ferveur qui s’assagissait de plus en plus face à ce que la plupart des productions japonaises nous proposaient. Cette œuvre rappelle forcément, et ceci dans un style qui lui est propre les Fantasia de Disney.

Tout commence par l’immense chute d’une imposante masse qui réduit le paysage forestier alentour au néant, séquence d’ailleurs superbement animée ainsi que dessinée et c’est une caractéristique omniprésente dans chacun des courts-métrages proposés. Un groupe de créatures éparses par leur physionomie s’en approche et tente d’en percer le secret par moult techniques. De ce groupe se détachent rapidement quelques personnages qui comprennent la nature véritable de la chose – elle est vivante – et tente de l’emmener à l’éveil.

Si j’ai évoqué précédemment Fantasia c’est parce que la musique joue dans Gala un rôle aussi prépondérant que les images. Je n’ai nulle part dans mes petites recherches trouvé mention du compositeur mais il a accompli un travail remarquable en accompagnant à merveille la naissance qui se déroule devant nos yeux. C’est grâce à elle que se développe la montée en puissance ô combien majestueuse qui présentifie l’évidence : la poussée de la vie s’établie dans la verticalité, dans la lutte contre la gravité. Je ne sais si le rapprochement est ici pertinent mais tout ceci m’a rappelé les thématiques et idées des emblématiques compositeurs impressionnistes français de la fin du 19ème et du début 20ème : Maurice Ravel et Claude Debussy. Ce n’est pas dans la composition musicale que je veux faire le rapprochement (car dans ce que l’on entend il n’y a rien qui se lie de près ou de loin au mouvement impressionniste) mais dans la volonté sous-jacente de lier musique, événements naturels et métaphores comme ils l’ont fait dans quelques œuvres. D’autres s’y sont essayés bien avant eux certes. J’en donne quelques titres pour s’en faire une idée, pour Ravel que l’on pense à ses Jeux d’eau. Quant à Debussy songeons aux Préludes pour piano, en vrac : Le vent dans la plaine, Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, Des pas sur la neige, Ce qu’a vu le vent d’ouest, Brouillards, ou encore Feuilles mortes. Qui plus est n’oublions pas une de ses œuvres pour orchestre : La Mer. Arrêtons-nous là pour les exemples. La musique de Gala se pare en plus d’accents répétitifs savamment instillés à l’épopée.

Si les créatures semblent au premier abord ne pas posséder un niveau technologique très développé – j’en veux pour témoin leur habitat proche de la nature, le style médiéval très prononcé – force est de constater qu’ils sont pour le moins productif dans ce qui leur sert d’attirails destructifs. Il en va du démantèlement de cette chose tombée du ciel comme d’une évidence.

La scène qui commence à la moitié du court-métrage présente tous les signes d’un moment magique. Que ce soit l’extraordinaire adéquation entre visuelle et sonore dont je parle souvent et dont je fais grand cas tant elle est capable de me transporter subrepticement. Elle se poursuit lors d’une montée épique allant crescendo dans laquelle une déflagration d’images et de couleurs s’impose à nous. Il faut louer la sublime réalisation de Mahiro Maeda, il y accouple l’exaltation, l’euphorie et le divin jusqu’à un final renversant. Et quel final ! Lorsqu’on réalise enfin ce que fut tout ceci. Un petit film prodigieux d’une rare perfection.

Je suis presque tenté de dire : mesdames et messieurs les écologistes patentés, point vous est besoin de culpabiliser le chaland en lui montrant les désastres dont il est le soi-disant instigateur, faites plutôt de Gala votre fer de lance…

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Du Dimension Bomb d’un certain Koji Morimoto on peut en dire qu’il est une étrangeté diablement poétique. Frappé par sa vision, vous le serez… il est rare de voir ce genre d’œuvre abstraite (en tout cas à la première lecture) si brillamment mise en scène.

Je n’ai pas de synopsis à proposer, il me paraitrait de toute façon superflu d’en faire un tant il ne saurait rien retranscrire ni dire de ces vingt minutes. Ce que l’on note en tout cas d’un point de vue purement technique c’est le niveau graphique qui laisse pantois auquel s’adjoint une direction artistique des plus impressionnantes, il faut le voir pour le croire. Il est probable que les habitués du réalisateur (il doit bien en exister un ou deux en ce pays) ressentiront quelque chose de familier à la vue du court-métrage car il n’est pas sans rappeler quelques thématiques et plans d’une autre œuvre de Morimoto prénommée Mix Juice : la présence d’un alien, des lieux improbables, etc…

Si Dimension Bomb a un sens il n’est pas à chercher en priorité dans le premier matériel qu’est l’image. Du symbolisme visuel il y en a à foison mais j’ai dans l’idée qu’il n’est si grandiose dans le détail que pour mieux égarer le spectateur. Le tout préside d’une esthétique indubitablement magnifique mais elle n’est qu’un maigre indicateur de la réalité de ce qui se déroule. C’est à mon avis dans les rares phrases des personnages que l’on peut démêler quelque chose de plus tangible.

Il me serait facile de qualifier ce film d’expérience. Mais le mot perd de sa superbe à force d’être utilisé à tord et à travers. Je l’ai moi-même usé jusqu’à la moelle, il n’a clairement plus la force nécessaire pour envelopper Dimension Bomb. Tant et si bien que je vous oblige à le voir pour y mettre vous-même des mots. C’est une réussite de fond et de forme qui nous est présentée, à ne pas louper donc. J’y reviendrais sûrement pour une analyse un peu poussée. Sanagiman… Rush…

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Je freine ici pour le moment. Il y avait longtemps que je n’avais pas écris et il me faudra une courte période pour me chauffer et laisser la machine reprendre les rails. Cela donnera je l’espère le temps à certain (si ça n’est pas déjà chose faite) de voir les trois autres films dont je parlerais dans quelques jours. Pourquoi pas aussi les cinq autres datant de 2007.

Comme je ne vais pas faire un nouveau billet pour deux ou trois considérations je les évoque maintenant. J’ai enfin été voir Ponyo sur la falaise, le dernier Miyazaki. Très bon, bien que très enfantin. On y remarquera une séquence d’animation d’anthologie qui m’a laissé un sourire béat d’admiration : cette scène où Sosuke et sa mère sont poursuivis en voiture par Ponyo qui chevauche la mer. Sublime. Néanmoins, je regrette que le maître se tourne à l’âge qui est désormais le sien vers des productions où pointent bien moins la révolte bienveillante qu’il avait à ses débuts envers l’humanité.

Concluons par une surprenante nouvelle.

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