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On reste encore éloigné aujourd’hui de la culture anime/manga avec un petit billet (un deuxième suivra) sur le roi des fast FPS, complètement increvable, auquel on peut désormais ajouter sa nouvelle monture gratuite : www.quakelive.com. J’avais toujours eu dans l’idée d’ouvrir ma vidéothèque Quake 3 et de présenter les meilleurs vidéos tout jeu confondu. Car il n’y a pas à tergiverser, les moviemakers qui s’appliquent sur Quake 3 sont sans doute les meilleurs au monde. Ajoutez à ça des joueurs d’un niveau inimaginable ainsi qu’un des mods les plus sublimes existant (le Defrag) et vous obtenez des perles inratables. Les liens streaming sont toujours choisis parmi ceux ayant la meilleure qualité (et pour télécharger des versions HD – ce que je ne peux que vous engager à faire si vous avez une connection décente – rendez-vous ici : www.own-age.com). En piste donc pour un tour d’horizon de vidéos de frags sélectionnées par mes soins.

Créateur : zy0tic (han-sai production)

Durée : 6 min. 38 sec.

Résolution : 1280×720

Une vidéo dédiée aux joueurs slovaques de Quake 3. Beaucoup de air rocket avec quelques coups de rail bien sentis. L’éditing est très simple se focalisant sur l’action pure et les musiques suivent plutôt bien. Bref, une bonne vidéo (mais c’est le cas de toutes celles présentées ici).

Créateur : MusoraniNN

Durée : 4 min. 18 sec.

Résolution : 1280×720

En voici une très courte sur un joueur : des beaux frags au plasma et un joli mix entre un editing travaillé et un quakeur skillé. On regrettera juste les passages où le son du jeu a été coupé. Le bruit des rockets fusant vers leur destination faisant en effet pleinement partie d’une vidéo de quake.

Créateur : fei, Robo-K1ll (shaolin productions)

Durée : 19 min. 15 sec.

Résolution : 720×576 (des versions HD existent aussi)

Le must tout simplement. Plus de 60 joueurs différents, 13 mois de travail et on obtient cette incontournable vidéo. Du triple rail, des air rocket absolument dantesques à des distances hallucinantes. Ajoutez au tout un editing au poil, des musiques en synchronisation parfaite avec ce qu’il se passe à l’écran et vous obtenez sans conteste la meilleure vidéo de frags existant. Shaolin productions c’est une institution dans le milieu, un groupe de moviemakers de talent qu’on retrouvera beaucoup sur du Defrag. Petit bonus avec la finale de l’ESWC 2005 !

Créateur : Termi (han-sai production)

Durée : 5 min. 28 sec.

Résolution : 1280×720

Les exploits du clan wicked Hackers sur rocket arena 3. Du tout bon ici, une team de gars skillés et un bon boulot sur la réalisation et les effets : on a du mal à croire que Quake 3 a maintenant plus de dix ans.

Créateur : Voltran

Durée : 11 min. 44 sec.

Résolution : 720×540

Une vidéo très rapide puisque c’est du CPM. C’est souvent impressionnant. À noter un petit passage sympa avec une musique marrante sur la vie d’un joueur de quake. Puis y’a du All That Remains. J’aime.

Créateur : ahxnxa

Durée : 6 min. 26 sec.

Résolution : 720×576

Celle-ci est tout à fait incroyable : elle nous présente des frags monstrueux sous le couvert d’une vidéo qui ne se prend absolument pas au sérieux. C’est en fait une parodie d’AnnihilatioN, une ancienne vidéo. On a donc des musiques délirantes, des blagues pas drôles de pgm et consort. C’est donc à voir.

Créateur : subz`

Durée : 9 min. 19 sec.

Résolution : 1280×720

Proche de l’action, voici une vidéo dynamique qui contient quelques effets graphiques évolués. On y trouve deux ou trois séquences de talent au quad domage ainsi qu’un superbe frag au BFG.

Créateur : entik

Durée : 9 min. 41 sec.

Résolution : 1280×800

Du Rage Against The Machine dans cette vidéo. Là encore c’est joué avec la physique du CPM et ça va plutôt vite. Toutes les caractéristiques requises pour passer un bon moment sont présentes : bons frags, musique qui va bien, un editing discret mais efficace.

Créateur : reen

Durée : 7 min.

Résolution : 1280×720

Reen présente reen en action. Très bonne vidéo avec de beaux effets sur les armes. C’est à ne pas manquer.

Créateur : sk!a

Durée : 10 min. 13 sec.

Résolution : 1024×768

De très beaux frags dans celle-ci malgré une absence totale d’editing. On a l’impression de regarder des démos avec une musique qui tourne par-dessus. Néanmoins le niveau des actions rattrape plutôt bien le tout.

S’il n’y en avait qu’une seule à retenir j’opterais bien entendu pour Get Quaked 3 qui m’aura fait vibrer plus d’une fois. Dans le prochain article je m’occuperais principalement des vidéos de Defrag avant de revenir bientôt (et je l’espère avec quelque chose de conséquent) sur l’animation japonaise.

Think twice

Ce dont parle Fabrice Colin ici j’ai pu l’expérimenter à plusieurs reprises durant les dernières semaines passées. Le glissement est subtil : celui du passage quasiment imperceptible d’une potentialité à une autre. Un peu comme le magnifique glissement qu’on trouve dans la nouvelle de Greg Egan « En apprenant à être moi » (in Axiomatique).

À l’instant je viens de terminer Les Trois reliques d’Orvil Fisher de Thierry Di Rollo, un auteur pour lequel j’avais une grande estime il y a quelques années après avoir lu La lumière des morts, La profondeur des tombes et son recueil de nouvelles Cendres (parut par l’entremise du petit site d’ActuSF). Un écrivain de SF français désespérée – dans l’écriture en tout cas – qui avait réussi le tour de force de me mettre mal à l’aise à la lecture de ses écrits. Seulement voilà, le périple de mister Fisher ne m’a pas convaincu.

Pourtant le tout s’engageait sous de beaux hospices : les premières scènes à Lucité, ville-ruine, où la crasse et l’eau croupie luttent de concert avec la pollution contre les hommes, sont finement dépeintes. Les changements de personnages (donc de courtes histoires de vie) s’enchaînent au rythme des balles du sniper qui déciment un à un les habitants d’un building. Et c’est là qu’on découvre Orvil, lui qui perd ces grands-parents sans rien y comprendre plus un bras par la même occasion. Mais Orvil on l’aura pas comme ça, oh non. Il va le chercher ce bâtard qui a buté sa famille. Il va même y passer un putain de nombre d’années avec son nouveau bras nano et quelques animaux. En cela les habitués de l’auteur retrouveront facilement leur marque : les bêtes sauvages chez Di Rollo accompagnent toujours l’homme dans sa chute. Parfois en l’y poussant un peu, parfois comme simples compagnons de voyage. La suite du roman est plutôt floue, elle manque de profondeur la plupart du temps. Di Rollo se complait quelque peu dans ce style qui l’a fait connaître : c’est bref, concis, sans espoir et en général ça crève la bouche ouverte (mais en silence) sans que personne n’en ait vraiment grand chose à foutre. Très similaire à ce qu’il a fait avant donc. Il faut aimer. Et d’habitude, moi, j’aime.

Malheureusement, Di Rollo ça n’est plus aussi désespérant qu’avant. Peut-être parce que j’ai changé, peut-être parce que le style, la tentative de dépeindre un monde mort, anhumain, manque d’approfondissement. Sans doute aussi parce que Di Rollo se répète un peu trop d’un bouquin à l’autre et qu’une fois passé la première claque on est déjà rôdé pour tout ce qui va suivre. On soulève les bâches et c’est toujours le même mobilier, identique, qu’on retrouve chaque fois dans le même état. Et puis c’est trop court.

Les Trois reliques d’Orvil Fisher n’a ainsi rien de transcendant et nous fait passer un bon moment avec peine. On relira donc La profondeur des tombes, livre bien plus sombre et plus efficace dans le même genre.

Des mois ont passé depuis que j’ai demandé à ne référencer que les catégories Anime et Manga de mon blog. D’autres mois ont aussi défilé alors que j’avais donné une nouvelle orientation à ce que je faisais de ce lieu qui est mien sur le web. En somme, c’était parler d’autres choses que d’animation japonaise.

Aujourd’hui inaugure enfin ce mouvement avec in the Mood for Love (2000) du très grand cinéaste asiatique Wong Kar Wai. Le réalisateur revenait alors avec deux acteurs qu’il affectionne tout particulièrement : Tony Leung Chiu-wai (Nos années sauvages, Chungking Express, Happy Together, 2046, tous tournés avec Wong Kar Wai) qui a reçu le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2000 pour le long métrage qui nous intéresse maintenant. Pourquoi Maggie Cheung Man-yuk (Nos années sauvages, Center Stage, Clean, 2046) n’a-t-elle rien eut ? C’est une question qui se pose… tant il est vrai que sa performance est parfaite et indissociable de celle de son homologue masculin. Elle recevra toutefois des récompenses méritées au Golden Horse Awards 2000 – festival tenu à Taiwan – ainsi qu’au Hong Kong Awards 2000. Le film recevra aussi le César du meilleur film étranger en 2001.

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À Hong Kong, en 1962, deux couples emménagent le même jour dans une petite pension. M. Chow (Tony Leung) et sa voisine de palier Mme Chan (Maggie Cheung) découvrent que leurs conjoints respectifs entretiennent une liaison. Choqués par cette découverte, les époux trompés se rapprochent l’un de l’autre et essayent de comprendre. Mais au fil de leurs rencontres, M. Chow sent changer ses sentiments envers sa confidente…

Le pitch de départ aurait pu paraître classique, voir usagé, c’est sans compter sur les immenses qualités d’esthètes du réalisateur et l’angle par lequel celui-ci développe et déroule l’histoire. In the Mood for Love n’est pas un énième film narrant les péripéties d’une liaison, qui plus est une liaison vouée à l’échec, mais la tentative de l’inclure toute entière dans une époque sans jamais perdre de vue le style de vie qui accompagnait cette période.

« La plus grand différence est que dans ce film, nous décrivons des personnages qui sont mariés. Dans Nos années sauvages, ils étaient célibataires. Les époques sont différentes. Dans les années 60, tout était caché, recouvert. Dans ce film, je ne raconte pas une histoire à propos d’une liaison, mais une certaine attitude dans une certaine période du passé dans l’histoire de Hong Kong. Et comment les gens ressentent ça […]. Tout me semblait plus intéressant à travers l’époque, et comment les gens considèrent ces liaisons au fil des ans. Ils gardent ça secret. C’est ce qui est primordial dans ce film. » Wong Kar Wai

Un très bref retour sur le contexte historique est en effet de mise. La République populaire de Chine naît le 1er Octobre 1949 alors que le parti communiste chinois s’impose militairement face au guomindang. S’en suive les déboires du régime telles qu’on les connait : les exécutions, l’envahissement du Tibet, le Grand Bond en avant lancé par Mao en 1958 qui provoque une famine importante. Dans ces conditions beaucoup de mandarins fuient pour Hong Kong qui est une des deux régions administratives spéciale de la République populaire de Chine. Cette région a aussi un important passé de colonie britannique. C’est pourquoi en vertu de la loi fondamentale de Hong Kong et de la déclaration commune sino-britannique, Hong Kong a un système légal et judiciaire distinct de celui de la Chine continentale. Si on trouve ici la promesse d’un lieu d’exil pour beaucoup de chinois c’est aussi et surtout dans la pratique le choc de deux cultures. Celle du nord qui parle mandarin (majoritaire en Chine) et le sud dont la langue principale est le cantonais. Dans le film la propriétaire de la pension ainsi que sa famille et ses voisins sont donc des mandarins arrivés à Hong Kong en 1949. Ce sont des gens particuliers au sens où ils vivent entre eux, ils ne se mêlent pas à la population cantonaise : ils ont leurs propres restaurants, leurs cinémas en mandarin, etc… C’est à l’intérieur de ce milieu que les deux couples principaux (bien que le vocable couple soit bringballé) louent chacun une chambre et se retrouvent voisins de palier.

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Au départ ce ne sont que rencontres timides et bavardages en bonne et due forme dans des espaces clos, parfois exigus. Chow et Chan se croisent dans une cage d’escalier, au détour d’un couloir, devant l’entrée d’un restaurant. La caméra semble faire du spectateur un témoin direct, presque voyeur, des scènes : il arrive parfois que Wong Kar Wai ne laisse qu’une porte entrebâillée par laquelle on distingue ce que verrait un curieux passant par là. Peu à peu le mari de Chan se retrouve de plus en plus souvent en voyage d’affaire, il en va de même pour la femme de Chow. La solitude et les soupçons vont les rapprocher, ce qui entrainera les commérages du voisinage. Rappelons que nous sommes en 1962, les choses doivent rester, comme précédemment dit cachées, sous peine de faire jaser. Une femme qui n’attend pas sagement le retour de son tendre époux est prétexte à un déversement de consternation de la part de l’entourage. Toujours à propos du thème de ce qui est caché : les rares fois où les époux « fautifs » (notez bien les guillemets) sont visibles ce n’est que partiellement. Entendez par là que jamais leur visage ne vous sera divulgué. Le réalisateur offre même quelques séquences dans lesquelles nous voyons les personnages principaux parler à leur conjoint qui est lui situé hors-champ, ne laissant qu’une voix comme signe distinctif possible. Ils sont les grands absents devant la caméra. C’est par ce manque que va s’instituer le rapprochement des protagonistes interprétés par Maggie Cheung et Tony Leung. L’absence pesante de l’autre est le déclencheur, l’instigateur du mouvement qui va parcourir le film.

Le mouvement, parlons-en ! Wong Kar Wai fait montre d’un raffinement sublime et d’une esthétique tellement belle et sensuelle dans sa façon de filmer. Preuve en est les scènes où l’on peut entendre le fameux thème musical Yumeji qui n’est d’ailleurs pas une création originale pour in the Mood for Love. Wong Kar Wai a en effet demandé l’autorisation au compositeur Shigeru Umebayashi d’utiliser ce thème qu’est Yumeji, tiré d’un film éponyme et réalisé par Seijun Suzuki en 1991. C’est une valse magnifique qui le devient encore plus par son utilisation obsédante lors de plan où la scène est ralentie : le ballet des corps dansant sur cette air devient alors celui des deux acteurs se croisant au détour d’une ruelle, dans la descente d’un escalier, ou lorsqu’ils se frôlent avec un sourire de fortune durant une partie de mah-jong. Cette musique et le ralenti qui lui est attaché se voit reprise plusieurs fois dans le film, c’est un enchantement qui fait mouche à chaque moment tant il laisse pantois et confine à l’ataraxie. In the Mood for Love semble être tout entier construit autour de cette valse parce qu’elle distille le rythme et le tempo que le film fait sien. C’est ainsi que nombre de mouvements de caméra ou encore la vitesse du travelling sont basés sur le rythme de la musique. Le ralenti n’est pas utilisé pour accroître voir amplifier les mouvements des personnages, c’est plus ici pour capter un environnement, une ambiance complète qui reflète le Hong Kong de ces années là.

Chan et Chow se trouvent tous deux désemparés devant l’abandon brutal de leur conjoint. Les acteurs sont criants de vérité, nostalgique à souhait. Une question prend alors le pas sur tout le reste : pourquoi ? Pourquoi leur ont-ils fait ça ?

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C’est comme un jeu de dupe qui s’engage à cet instant, une amitié commence et avec elle une tragédie théâtrale. Durant des séances ils se mettent à jouer les acteurs, ils deviennent le temps d’un éclaircissement un/une autre et tentent de reconstruire par l’imagination les divers stades de la rencontre des époux infidèles. Entre imitation, interprétation d’un rôle et identification, les deux se perdent, d’autant plus que la pièce en plusieurs actes est le seul terrain possible pour que leurs affects se libèrent enfin du joug oppresseur du social d’une part, de leur culpabilité d’autre part. Mais qu’espère-t-il en l’autre sinon l’absent ? Wong Kar Wai dépeint une histoire sublime car inaccomplie, celle d’une douce mélancolie  qui se déploie au grès de la valse principale. En observant bien son œuvre on trouve d’ailleurs un détail somptueux dans sa manière de situer spatialement l’évolution de la relation des protagonistes principaux. Je m’explique en faisant retour à ce dont je parlais un peu plus haut, le fait qu’on ne voit jamais les conjoints « fautifs » : silhouette, puis voix, enfin absence. Le tout est entrelacé avec la confiance grandissante entre Chan et Chow. Et, alors que les conjoints sont désormais totalement absents, Wong Kar Wai multiplie les plans indirects sur les héros, très souvent vu au travers d’un miroir qui reflète leurs images à la caméra. Miroir, reflet, relation, image, le double. Finalement… n’est-ce pas là l’évidente métaphore de ce qu’il se passe ? Ils s’engagent lentement, cela malgré leur résistance, sur le départ d’une liaison qu’on dira pour le coup « en miroir ». Résultante du choc qu’ils ont éprouvé et du désir libéré par la comédie.

Puis c’est la scène finale qui prend le film à contre-pied. Grandiose. Un final d’une finesse rare, d’une nostalgie des plus voluptueuses. Tout simplement : une des fins les plus inoubliables qu’il m’est été donné de voir jusqu’à maintenant. Et la musique originale de Michael Galasso éprend chacune des fibres tendues de notre âme. Mieux vaut ne pas en dire plus à ce propos.

J’en profite pour continuer sur le chemin de la musique. Seules les compositions de Michael Galasso sont originales, in the Mood for Love contient des musiques directement venues de la période ici présentée. Wong Kar Wai avait en effet cinq ans lorsqu’il quitta Shanghai pour émigrer avec sa mère à Hong Kong. C’est tout son univers qui ressurgit donc à travers la caméra. Des airs d’opéra traditionnel pingtan, qui sont tous des enregistrements historiques par des interprètes extrêmement renommés en Chine. On y ajoute de la musique populaire chinoise, un peu de Rebecca Pan et surtout… l’artiste préféré de la mère du réalisateur : le chanteur et pianiste de jazz et de rhythm and blues Nat King Cole de son vrai nom Nathaniel Adams Coles. Il nous gratifie de quelques chansons aux rythmes latins chantées en espagnol, sa fameuse reprise de « Quizàs, Quizàs, Quizàs » entre autre.

Quinze mois de tournage… le temps qu’il aura fallu pour que l’équipe finisse ce bijou. Il faut à ce titre rappeler que Wong Kar Wai n’écrit jamais ses scénarios à l’avance, il improvise au fur et à mesure de la progression du film. Il est en tout cas certain que Wong Kar Wai, Maggie Cheung et Tony Leung peuvent se targuer d’avoir pris part à une œuvre qui leur survivra.

Très bonne édition DVD d’Ocean Films en passant.

Trailer

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Beyond good and evil

Fin du tour d’horizon des Genius Party Beyond. Au programme cette fois-ci une impasse, les peurs d’un enfant et un petit voyage lunaire déjanté.

Tojin Kit de Tatsuyuki Tanaka nous fait suivre dans un premier temps le quotidien plutôt lobotomisé d’une femme qui semble élever des créatures à la morphologie étrange. Elle leur offre ensuite une sorte de seconde vie en les transférant dans des peluches à l’aspect animal. Les journées dans son appartement dégradé auraient pu continuer ainsi si les autorités compétentes n’avaient eu vent de ce qui s’y trame.

Un petit film très appréciable, doté d’une réalisation et d’un dessin solide. Visuellement le gris domine largement l’univers présenté. Cette uniformité n’est à dire vrai dérangée que part quelques touches de rouille ici et là. Et de l’orange parsemant le tout : celui des inscriptions humaines sur les murs et celui des étranges pouvoirs qu’utilise le détective. La séquence où celui-ci laisse son regard percer au travers de la matière est d’ailleurs très joliment rendue. Quant à ceux qui ne sont pas de ce monde, les drôles de créatures, elles embrassent une myriade de formes et de couleurs, dénotant complètement avec le quotidien humain. Il se dégage du court-métrage une atmosphère très intrigante du fait d’un trop peu d’information, au final la sensation se marie très bien à l’univers aseptisé ici présenté. Tojin Kit fait figure de pur court-métrage en un sens, il n’y a pas d’explication particulière sur le monde : c’est une fenêtre qu’on nous ouvre, l’on s’y penche un instant et on en ressort. Mention spéciale à la scène finale mystique à souhait.

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Ah… Wanwa the Doggy (aussi traduit Puppy) de Shinya Ohira. S’il surprend c’est tout d’abord par son parti prix graphique. Du jamais vu en animation japonaise, en tout cas pour moi. Il faut remonter à Inaka Isha de Koji Yamamura pour retrouver une expérience visuelle déroutante comme celle-ci. Comment en donner un avant-goût ? Disons que Wanwa the Doggy ce sont les petits pâtés qu’un enfant de quatre ans aurait laissés sur une feuille. Pâtés auxquels il ajouterait quelques doses du vomi de son gouté savamment réparties ça et là. En voilà une description qui donne envie ! Et pour cause tout ce qui est en mouvement semble être fait d’une matière liquide : ça bouge, ça se tend et se détend, jamais ça ne garde la même forme. Mis à part les fonds qui eux sont souvent fait d’une très belle aquarelle. À propos de ceux-ci il est d’ailleurs bon de noter qu’Ohira, dans sa volonté de coller au plus près de l’univers de l’enfance, a travaillé avec les crayons de couleurs qu’utilisait son fils pour ses propres dessins. Une grande part des choses visibles à l’écran sont elles aussi inspirées de scènes dessinées par l’enfant.

Il est proprement impossible de faire le tour de tous les délires animés qu’on peut voir dans ce film. L’histoire elle-même présente les peurs, les fantasmes et les rêves d’un petit enfant alors que sa mère est sur le point d’accoucher. De la sobre chambre d’hôpital on passe à une course-poursuite surréaliste et effrénée entre le garçon et deux ogres. Puis à la rencontre du fameux « wanwa », de la douleur et du cortège qui l’accompagne. C’est bien entendu volontairement que je reste évasif.

Si au premier visionnage je n’avais pas forcément accroché, il faut bien admettre qu’après deux ou trois fois les qualités du court-métrage surgissent toutes seules. Elles sont entre autre : une animation unique, une jolie petite histoire ainsi qu’une belle percée dans l’univers des enfants. Il plaira à tous ceux à la recherche d’une animation hors-norme. Trois fois rien mais voici quelques animateurs crédités : Shinji Hashimoto, Kenichi Konishi, Masaaki Yuasa, You Yoshinari, Hisashi Mori, Shinsaku Kozuma, Osamu Tanabe et Atsuko Fukushima pour finir. Je regrette de ne pas avoir mieux que le parcellaire site d’ANN pour en savoir plus sur leurs travaux.

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Concluons par Moondrive de Kazuto Nakazawa qui ne se présente pas comme autre chose qu’une sacrée bombe de style. Sous le couvert d’un road-movie lunaire on fait la rencontre d’une bande de loubard ayant un faible pour les explosions et le style « prêt à tout pour arriver à mes fins ». Les quatre voleurs tombent sur une carte qui devrait les mener tout droit à un sacré pactole.

C’est incroyable et d’une constance irréprochable : chacun des films composant Genius Party est l’occasion pour nous de s’extasier sur une animation unique et des styles hétéroclites. Le boulot de Nakazawa ne déroge pas à la règle, il fait même très fort. Les péripéties ne sont finalement qu’un prétexte pour laisser se déchainer quelques gags et autres folies du réalisateur. La chose passe par un dessin avec crayonné apparent du plus bel effet et des fonds superbes. Par exemple la ville et la manière fantaisiste dont sont faits les immeubles avec leurs délimitations toujours courbes, jamais droites. Le réalisateur a même laissé quelques indications écrites de ses dessins préparatoires, c’est ce qu’on peut observer notamment sur le dernier screenshot dans la terre en arrière plan. Un très bon moment que ce court-métrage et 15 minutes qui filent très vite.

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En écrivant ce billet je me suis souvenu qu’il restait des segments de Genius Party qui n’avaient pas bénéficié d’une release sur le net à l’époque. Il s’agissait de Deathtic 4 de Shinji Kimura ainsi que de Limit Cycle par Hideki Futamura. Les deux sont désormais disponibles et ils sont semble-t-il excellents d’après ce que j’en lis à droite et à gauche. On avait aussi fait mention d’un épisode auquel aurait participé Nicolas de Crécy mais je ne trouve plus d’information le concernant, je crois bien qu’il avait été annulé. Impossible cependant de remettre la main sur une source.

Far away and beyond

Ce retour procède d’une injustice. Toujours la même. À savoir qu’il est accablant de constater comme l’on promeut peu ce qui doit l’être dans l’animation japonaise.

Nos génies sont de retour et ils vont cette fois-ci encore plus loin, ce qu’ils laissent apercevoir dans l’épithète : Beyond. Je veux bien entendu parler de Genius Party. Qu’est-ce donc que cela? Genius Party c’est une anthologie dans laquelle on donne la liberté à plusieurs réalisateurs de faire des courts-métrages au sein du studio 4°C.

Gala de Mahiro Maeda est arrivé à point nommé en ce qui me concerne pour redynamiser une ferveur qui s’assagissait de plus en plus face à ce que la plupart des productions japonaises nous proposaient. Cette œuvre rappelle forcément, et ceci dans un style qui lui est propre les Fantasia de Disney.

Tout commence par l’immense chute d’une imposante masse qui réduit le paysage forestier alentour au néant, séquence d’ailleurs superbement animée ainsi que dessinée et c’est une caractéristique omniprésente dans chacun des courts-métrages proposés. Un groupe de créatures éparses par leur physionomie s’en approche et tente d’en percer le secret par moult techniques. De ce groupe se détachent rapidement quelques personnages qui comprennent la nature véritable de la chose – elle est vivante – et tente de l’emmener à l’éveil.

Si j’ai évoqué précédemment Fantasia c’est parce que la musique joue dans Gala un rôle aussi prépondérant que les images. Je n’ai nulle part dans mes petites recherches trouvé mention du compositeur mais il a accompli un travail remarquable en accompagnant à merveille la naissance qui se déroule devant nos yeux. C’est grâce à elle que se développe la montée en puissance ô combien majestueuse qui présentifie l’évidence : la poussée de la vie s’établie dans la verticalité, dans la lutte contre la gravité. Je ne sais si le rapprochement est ici pertinent mais tout ceci m’a rappelé les thématiques et idées des emblématiques compositeurs impressionnistes français de la fin du 19ème et du début 20ème : Maurice Ravel et Claude Debussy. Ce n’est pas dans la composition musicale que je veux faire le rapprochement (car dans ce que l’on entend il n’y a rien qui se lie de près ou de loin au mouvement impressionniste) mais dans la volonté sous-jacente de lier musique, événements naturels et métaphores comme ils l’ont fait dans quelques œuvres. D’autres s’y sont essayés bien avant eux certes. J’en donne quelques titres pour s’en faire une idée, pour Ravel que l’on pense à ses Jeux d’eau. Quant à Debussy songeons aux Préludes pour piano, en vrac : Le vent dans la plaine, Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, Des pas sur la neige, Ce qu’a vu le vent d’ouest, Brouillards, ou encore Feuilles mortes. Qui plus est n’oublions pas une de ses œuvres pour orchestre : La Mer. Arrêtons-nous là pour les exemples. La musique de Gala se pare en plus d’accents répétitifs savamment instillés à l’épopée.

Si les créatures semblent au premier abord ne pas posséder un niveau technologique très développé – j’en veux pour témoin leur habitat proche de la nature, le style médiéval très prononcé – force est de constater qu’ils sont pour le moins productif dans ce qui leur sert d’attirails destructifs. Il en va du démantèlement de cette chose tombée du ciel comme d’une évidence.

La scène qui commence à la moitié du court-métrage présente tous les signes d’un moment magique. Que ce soit l’extraordinaire adéquation entre visuelle et sonore dont je parle souvent et dont je fais grand cas tant elle est capable de me transporter subrepticement. Elle se poursuit lors d’une montée épique allant crescendo dans laquelle une déflagration d’images et de couleurs s’impose à nous. Il faut louer la sublime réalisation de Mahiro Maeda, il y accouple l’exaltation, l’euphorie et le divin jusqu’à un final renversant. Et quel final ! Lorsqu’on réalise enfin ce que fut tout ceci. Un petit film prodigieux d’une rare perfection.

Je suis presque tenté de dire : mesdames et messieurs les écologistes patentés, point vous est besoin de culpabiliser le chaland en lui montrant les désastres dont il est le soi-disant instigateur, faites plutôt de Gala votre fer de lance…

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Du Dimension Bomb d’un certain Koji Morimoto on peut en dire qu’il est une étrangeté diablement poétique. Frappé par sa vision, vous le serez… il est rare de voir ce genre d’œuvre abstraite (en tout cas à la première lecture) si brillamment mise en scène.

Je n’ai pas de synopsis à proposer, il me paraitrait de toute façon superflu d’en faire un tant il ne saurait rien retranscrire ni dire de ces vingt minutes. Ce que l’on note en tout cas d’un point de vue purement technique c’est le niveau graphique qui laisse pantois auquel s’adjoint une direction artistique des plus impressionnantes, il faut le voir pour le croire. Il est probable que les habitués du réalisateur (il doit bien en exister un ou deux en ce pays) ressentiront quelque chose de familier à la vue du court-métrage car il n’est pas sans rappeler quelques thématiques et plans d’une autre œuvre de Morimoto prénommée Mix Juice : la présence d’un alien, des lieux improbables, etc…

Si Dimension Bomb a un sens il n’est pas à chercher en priorité dans le premier matériel qu’est l’image. Du symbolisme visuel il y en a à foison mais j’ai dans l’idée qu’il n’est si grandiose dans le détail que pour mieux égarer le spectateur. Le tout préside d’une esthétique indubitablement magnifique mais elle n’est qu’un maigre indicateur de la réalité de ce qui se déroule. C’est à mon avis dans les rares phrases des personnages que l’on peut démêler quelque chose de plus tangible.

Il me serait facile de qualifier ce film d’expérience. Mais le mot perd de sa superbe à force d’être utilisé à tord et à travers. Je l’ai moi-même usé jusqu’à la moelle, il n’a clairement plus la force nécessaire pour envelopper Dimension Bomb. Tant et si bien que je vous oblige à le voir pour y mettre vous-même des mots. C’est une réussite de fond et de forme qui nous est présentée, à ne pas louper donc. J’y reviendrais sûrement pour une analyse un peu poussée. Sanagiman… Rush…

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Je freine ici pour le moment. Il y avait longtemps que je n’avais pas écris et il me faudra une courte période pour me chauffer et laisser la machine reprendre les rails. Cela donnera je l’espère le temps à certain (si ça n’est pas déjà chose faite) de voir les trois autres films dont je parlerais dans quelques jours. Pourquoi pas aussi les cinq autres datant de 2007.

Comme je ne vais pas faire un nouveau billet pour deux ou trois considérations je les évoque maintenant. J’ai enfin été voir Ponyo sur la falaise, le dernier Miyazaki. Très bon, bien que très enfantin. On y remarquera une séquence d’animation d’anthologie qui m’a laissé un sourire béat d’admiration : cette scène où Sosuke et sa mère sont poursuivis en voiture par Ponyo qui chevauche la mer. Sublime. Néanmoins, je regrette que le maître se tourne à l’âge qui est désormais le sien vers des productions où pointent bien moins la révolte bienveillante qu’il avait à ses débuts envers l’humanité.

Concluons par une surprenante nouvelle.

(Désolé d’avoir repris le titre d’un de tes mails mon ami, j’espère que tu me pardonneras!)

L’actualisation de ce blog commence à s’amenuir jour après jour. Constatation ô combien pertinente que nous laisserons de côté pour le moment, car aujourd’hui j’ai voulu tenter quelque chose de neuf.

Je m’étais déjà attelé à la tache de chronique d’OST d’anime, c’était avec celle de Kare Kano composée par Sagisu Shiro puis celle de Jin-Roh que l’on doit à Hajime Mizoguchi. Je n’étais pas très satisfait du résultat pour les deux, elles se bornaient à quelques comparaisons avec d’autres compositeurs ainsi qu’à de brèves analyses musicales. De plus elles étaient d’une certaine façon enchainées à quelque chose de très cadré dans le développement : une chanson après l’autre.

Mais Casshern Sins est arrivé, portant avec lui les musiques de Kaoru Wada. Et j’ai senti que je devais en faire plus, bien plus. Après les avoir entendu dans l’anime, l’achat du CD et son écoute m’ont résolument pétrifié. À ce titre, j’ai presque vomis cet essai littéraire, que je veux expérimental, en tout cas dans la lignée d’un autre style d’approche de la musique. Recoucher nos éprouvés sur papier durant l’écoute d’une musique quelconque est un procédé parcellaire et vain. C’est ce que je m’étais contenté de faire auparavant. C’est ici, je le répète, une expérimentation quasi-débridé dans laquelle je tente de faire coïncider imagerie, scène et sonorité. Cela passe avant tout par des figures de style très fortes. La lecture de ce que j’ai fais ne saurait se suffire à elle-même, il est vital d’avoir à l’esprit le matériel d’origine d’où tout provient. Ce billet s’adresse ainsi avant tout à des gens ayant regardé Casshern Sins et si possible ayant l’OST à porté de clic. Chaque titre des compositions de Kaoru Wada est indiqué en gras, chaque paragraphe correspond donc à une composition (je n’évoque pas toutes les musiques bien entendu), à une scène et à des interrogations. Au final on obtient un tout cohérent.

Casshern Sins Original Soundtrack & Casshern Sins Special Complete Original Soundtrack (dans laquelle se trouve LUNA).

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Une longue et intrigante introduction où les violons se font d’une puissante gravité. L’accumulation d’une tension savamment distillée atteint son point culminant jusqu’à l’explosion fatidique. Lui naît de cette ultime torsion assujettie à une pression constante. Il se dresse sous les vents violents, alors qu’autour de lui se déchainent les éléments. Sa naissance est une erreur, son pêché c’est d’exister. Grosses caisses et violons sonnent le début de son périple, un long chemin qu’il souillera de ses Sins.

Son nom est Casshern. Il a tout oublié. Il n’est qu’une surface lisse pareille à une pierre taillée qui ne renvoie rien, n’évoque rien d’autre que sa constitution même. Plongeant son regard en lui il n’y découvre que le vide de l’amnésie. Mais ce vide est sa composition principale, elle le forme, elle l’a débarrassé de ses aspérités. Cette prise de conscience s’accompagne d’une terreur incommensurable, celle de l’inconnue et du doute sans limite. Impossible pourtant de rester extatique face à ce paysage apocalyptique : il amorce le premier pas, celui qui lui permettra d’imprimer objets et choses sur la toile vierge de son âme. Loss of memory n’est qu’un prélude.

Lost World… voilà ce qu’il découvre. Les journées ne sont que poussières déplacées au grès des facéties de rafales de vent sans pitiés. Les bois et les cuivres dépeignent un univers profondément glacé, aseptisé même, comme purgé de toute vie. Là où tout n’est que ruine et désolation, le voyageur s’avance, transperçant l’air contaminé par l’odeur de la mort. Lorsque sa langue humecte ses lèvres c’est le goût du métal qui lui répond.

Accablé par de telles sensations, c’est son regard qu’il tourne vers le chemin qu’il a déjà parcouru. Une immense nostalgie menace son cœur. Elle éprend tout son être sous l’enlacement blafard et neurasthénique des journées crépusculaires à la faveur desquelles l’interminable tintinnabule obsédant du métal en ruine gangrène son esprit. Alors qu’il tourne la tête à l’encontre du futur, du chemin que lui laisse entrevoir l’apaisante cacophonie mortifère des lendemains froids, il se sent défaillir : l’avant… l’après… ainsi pris dans une errance dont il ne peut voir le bout. Roamer.

Une rencontre est la promesse d’une accalmie passagère, RINGO la lui offre.

Pourtant le doute le reprend dans ses égarements. Les interrogations de la chair. Rusty body. Si tôt blesser le voilà régénéré sans aucune marque. Comment évoluer quand un corps ne peut conserver les traces du passé ? L’orchestre tout entier semble accompagner ses questionnements corporels dans une inflexible et lente agonie.

Voici venir de nouvelles raisons de s’enquérir de tout ceci : c’est l’arrivée du miroir, de celui que l’on nomme le double. Il est l’instigateur du changement, peut-être même du renouveau. Car c’est par l’image parfaite qu’il renvoie à Casshern que celui-ci en vient à poursuivre son illimité voyage. DIO and LEDA. L’Adam et l’Eve mécaniques. La première rencontre est à placer sous le signe de la distension, l’intolérable étirement du temps prend la forme d’une rivalité sans borne comme si elle précédait leur naissance. Ils sont pour ainsi dire assujettis à une force incommensurable qui les dépasse, c’est fatalité qui se drape sous le voile de la mort.

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À nouveau esseulé… Casshern, te voilà éprit de l’insensé délectation de ton malheur et ce jusqu’à te sentir dépérir dans les torrents de la mélancolie. L’infini océan de ton infortune t’engloutit, est-ce le néant que tu aperçois à deux pas ? Vas-tu enfin sombrer ? Pour rejoindre le Non-être qui t’as vu n’être. La chaude volupté de cette langueur nostalgique qui t’étreint ressemble à l’illimitée manifestation de ton désespoir. « Qu’importe la douleur de la chair, cette tristesse est ma joie » dis-tu. Ta vie prend peu à peu forme : bien que las, tu sonnes le glas rédempteur de tes peines. Du chaos des mémoires du passé une nouvelle lumière modèle ton tracé. Memory Past.

Sur les décombres du monde se fanent les fleurs resplendissantes. La flute enchantée apaise l’âme des voyageurs et celle de tous ceux qui s’engagent dans cet oasis de vie au milieu d’un monde abandonné. Life of flowers ou l’espoir d’un exutoire.

Peaceful. Traversant lentement l’étendue débordante de vie, une forte contradiction se fait jour en toi. Chaque pas un peu plus en avant écrase une once de cette même vie à laquelle tu aspires. De quel droit entaches-tu les portes du paradis, Casshern ? Une ombre noie toutes tes apaisantes pensées naissantes, jamais elle ne te laissera.

C’est son retour, le double est réapparu : Dark Matter.

Ainsi soit-il. Le temps de l’affrontement est venu. L’air se charge des appendices de la tension, tout autour des deux combattants fait silence. White vs Black. Chacune de vos similitudes vous éloignent un peu plus l’un de l’autre. Principium individuationis.

Le combat s’engage dans une divine symétrie. Par l’exaltation de l’excès les deux adversaires proclament leur existence. Ils modèlent ainsi à leur image le paysage déjà dévasté. Quel honneur que d’admirer béatifié le ballet mortuaire du Blanc et du Noir. Ils sont tels deux lignes parallèles déviants de leur tracé pour se rencontrer dans l’horizon de la mort. Et pourtant vous vous dressez verticalement pour cette bataille, et tendez ainsi du même coup les mains à la vie. Battle mode II.

Cette lutte intestine cesse sous le regard de l’Absolu. Ses paroles sont volupté, sa respiration emprisonne des parcelles de vie alors que son souffle rejette la mort. Sauve-les, sauve-nous, sauve-moi… LUNA.

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Il m’était difficile de faire plus de compositions que cela. Beaucoup sont passés à la trappe et cet état de fait me désole énormément : elles auraient toutes mérité leur place. Kaoru Wada a créé d’immenses chefs-d’œuvre et je ne saurais que trop vous engager à les écouter pour peu que vous aimiez la musique classique… ou que vous ailliez du goût tout simplement.

J’ai aussi scanné la boite contenant le CD et le contenu du petit livre qui va avec. On y trouve à l’intérieur une interview du compositeur, ce serait magnifique si quelqu’un avait la force et le courage de la traduire.

Bordereau / Avant de l’album / Arrière de l’album / Livret 1 / Livret 2 / Livret 3 / Livret 4 / Interview part 1 / Interview part 2 / Interview part 3 / Interview part 4

Jusqu’à maintenant j’étais très tourné vers l’animation japonaise. Désormais, ce blog prend une nouvelle orientation dans laquelle d’autres sujets auront autant de place que les animes.

Oshii et les OFNIs

Je devais traiter dans ce billet de quelques petites histoires et mangas que Hayao Miyazaki avait dessinés dans la revue Model Graphix. Mais le site Buta Connection fait cela trop bien pour me donner une quelconque envie de redire ce qui a déjà été dit.

Non aujourd’hui, tournons-nous plutôt vers un des Objets Filmiques Non-Identifiés de Mamoru Oshii : Mezame No Hakobune (que j’ai mis plus d’un mois à télécharger quand même! Vive les torrents sans source).

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Un bref retour sur le concept du film et sa projection dans un cadre unique est ici une condition nécessaire afin de pouvoir l’aborder pleinement. Mezame no Hakobune (littéralement « l’Arche de l’Eveil ») aussi appelé Open Your Mind, fut diffusé durant la World Exposition 2005 à Aichi au Japon. Projeté dans un cadre unique, que vous pouvez voir ci-après, l’expérience était soutenue par un traitement typé IMAX qui est un format de pellicule de très grande taille. À titre d’information, il n’existe en France que quatre endroits équipés pour la projection IMAX, dont la Géode et le Futuroscope.

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Poursuivons. Dans la partie centrale de l’arène, au sol, 96 écrans plasma de 50 pouces. Le tout entouré par 139 statues de généraux à tête de chien (« Ku-Nu »), ceux que l’on aperçoit entre autre dans le film, et surmonté par la figure d’une déesse. En hauteur on peut apercevoir les écrans géants qui entouraient la salle. Il s’en dégage une ambiance tout à fait incroyable qu’on aurait aimée expérimenter lors de la première rencontre avec Mezame no Hakobune. Le passage de ce cadre monumental et grandiose à celui d’un écran d’ordinateur ne saurait en aucun cas rendre justice au travail, ainsi qu’à l’essence de ce qu’Oshii a voulu exprimer. Je ne parle que d’Oshii mais il est aidé dans la réalisation par Hiroki Hayashi (auteur de El Hazard, le monde magnifique, réalisateur sur un OAV de Bubblegum Crisis puis sur la série TV Bubblegum Crisis : Tokyo 2040, récemment superviseur des cgi sur The Sky Crawlers) et accompagné comme toujours par Kenji Kawai à la musique.

Bien, mais alors… de quoi est-il donc question dans cette production spéciale me demanderez-vous? Très bonne question monsieur Elkabbach, s’il vous reste du cirage, vous pourrez me faire les pompes.

Open Your Mind présente une épopée : celle de l’origine de la vie, d’une manière assez unique et expérimentale. Elle est composée de trois actes, plus un prologue et un épilogue auxquels Kenji Kawai donna le nom d’intermission. Oshii met ainsi en scène d’une manière tout à fait personnelle des théories sur l’apparition de la vie sur notre planète et des préceptes de la philosophie godai. Philosophie basée sur les cinq éléments, comme souvent en Asie, que sont la Terre (« Chi » en chinois ou « tsuchi » en japonais), l’Eau (« Sui » ou « mizu) », le Feu (« Ka » ou « hi »), le Vent (« Fu » ou « kaze ») et le Ciel (« Ku » ou « sora »). On trouve parfois un sixième élément qui représenterait la Connaissance. Le film part de l’origine extra-terrestre de la vie, en l’occurrence apportée par six déités -donc six éléments- s’écrasant sur Terre. Au long des 35 minutes de l’œuvre on évoluera ainsi d’un milieu aquatique vers celui du ciel, puis jusqu’au sol.

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Dans une forêt ténébreuse on est invité à croiser ces personnages immobiles déjà mentionnées. Impériales, elles sont coiffées par des têtes animales rappelant nombre de dieux égyptiens.  Pourtant il vaut mieux chercher les références du côté du bouddhisme. Sho-Ho est le nom d’un de ces généraux, celui à tête de poisson. On poursuit avec Ku-Nu, possédant une tête de chien, puis le faciès d’aigle : Hyakkin. La musique de Kenji Kawai porte la scène avec brio, elle créer une atmosphère d’étrangeté fascinante, quasi palpable, donnant l’impression d’une rencontre avec des puissances divines inertes. C’est pourtant bien leur inaction qui les rends si intriguant, comme si l’unique chose suffisante était de se contenter d’exister stoïquement, de persister dans une posture si frappante qu’elle en dit plus à elle toute seule que n’importe quel mouvement.

Débute alors « Sho-Ho » : le premier acte.

Tandis que s’offre à nos yeux l’aliment à la base de la chaîne alimentaire marine, Oshii arrive à faire une superposition impressionnante entre les profondeurs des abysses et l’univers. Et c’est ce bref instant ou un œil se découvre telle une galaxie qui frappe par sa justesse. Les fameux chants Noh biens connus que Kenji Kawai a déjà utilisés dans les fameux Ghost In The Shell explosent alors. C’est en fait par eux que se fait la narration, ce qui en fait pour nous, pauvres non-initiés à la langue nipponne, un élément de moins pour saisir intégralement les visions présentées. Ce qu’on peut dire de la 3D en cet instant c’est qu’elle est de très bonne facture. Par certains aspects elle est comparable à ce qui avait été réalisé sur Ghost In The Shell 2 : Innocence sans jamais toutefois en atteindre la beauté plastique irréprochable. La faute sans doute à l’écrasement de cette image pour tenir dans un dvd classique.

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« Hyakkin » fait son apparition et c’est le second acte qui se lance.

On survole une parcelle de notre planète à la manière d’un shoot ’em up, vous verrez bien ce que la chose peut donner. Au court de ce périple on passera de la rencontre avec une créature ailée mystique à la traversée d’une métropole géante tentaculaire. C’est là que l’on sent les limitations du format brider quelque chose et que l’expérience aurait été tout autre dans la salle d’origine. On voit bien, à la façon dont l’image est scindée en plusieurs parties, à quel point l’espace avec les écrans au sol plus les autres alentours était mis à profit.

À Oshii de poursuivre ses métaphores avec les yeux qui renferment l’univers. Manière de rappeler à nos consciences que le monde de l’infiniment petit est un infiniment grand en soi.

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La ligne finale est entamée avec le troisième acte prénommé « Ku-Nu ».

À mon sens la période la plus aboutie car elle met en exergue avec une grande force visuelle de nombreuses thématiques et caractéristiques propre à Mamoru Oshii. La vision d’une créature bizarre, croisement entre un centaure, un homme et un chien semble presque incongrue et difficilement cernable, mais tout s’éclaircira par la suite. On retrouve ultérieurement l’un de mes grands plaisirs chez ce réalisateur : les interfaces complexes nappées de couleur orange. Visibles à foison dans les Ghost In The Shell, ainsi que sous une forme un peu modifié dans le mythique Avalon, ces interfaces graphiques sont un ravissement à observer. Les changements incessants des variables et autres petites claques visuelles sont superbes. On découvre peu à peu l’origine génétique de tout ceci.

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On poursuit avec une séquence de morphisme des plus détonantes. Le bébé, « L’Enfant Roi » est pour ainsi dire détrôné, démystifié par les images. Son caractère de « pervers polymorphe » résonne alors pour quiconque ayant un certain penchant pour la psychanalyse. Lui qui a vu l’avènement de son règne durant tout le siècle dernier et qui semble encore persister de nos jours.

La clôture ce fait là où tout avait commencé.

Vous pourrez le télécharger ici. Pas la peine de vous inquiéter en ce qui concerne les sources. Je suis dessus tous les jours à 12h18mins précise. Non, j’exagère. J’y suis aussi souvent que je le peux en tout cas. Mais au fait… dans les OFNIs il existe aussi un petit Tachiguishi du même réalisateur! Une prochaine fois peut-être.

Sinon des petits trucs d’ego-bloging (c’est inhabituel certes) en vrac pour lesquels je ne vais pas refaire un billet :

  • Evangelion 1.0 revu au cinéma à Paris et ce fut proprement mythique. Voir l’anime prendre toute sa dimension avec un écran de cette taille et une sonorité de la sorte (on a testé l’acoustique de la salle en plus) c’était à chialer.
  • Batman : The Dark Knight enfin visionné… oh mon dieu comme qui dirait!
  • Quand vous lisez un tome d’Aria, n’oubliez pas de mettre en fond sonore l’OST de l’anime. Bonheur décuplé, c’est moi qui vous l’dis.