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Archive for mars 2009

(Désolé d’avoir repris le titre d’un de tes mails mon ami, j’espère que tu me pardonneras!)

L’actualisation de ce blog commence à s’amenuir jour après jour. Constatation ô combien pertinente que nous laisserons de côté pour le moment, car aujourd’hui j’ai voulu tenter quelque chose de neuf.

Je m’étais déjà attelé à la tache de chronique d’OST d’anime, c’était avec celle de Kare Kano composée par Sagisu Shiro puis celle de Jin-Roh que l’on doit à Hajime Mizoguchi. Je n’étais pas très satisfait du résultat pour les deux, elles se bornaient à quelques comparaisons avec d’autres compositeurs ainsi qu’à de brèves analyses musicales. De plus elles étaient d’une certaine façon enchainées à quelque chose de très cadré dans le développement : une chanson après l’autre.

Mais Casshern Sins est arrivé, portant avec lui les musiques de Kaoru Wada. Et j’ai senti que je devais en faire plus, bien plus. Après les avoir entendu dans l’anime, l’achat du CD et son écoute m’ont résolument pétrifié. À ce titre, j’ai presque vomis cet essai littéraire, que je veux expérimental, en tout cas dans la lignée d’un autre style d’approche de la musique. Recoucher nos éprouvés sur papier durant l’écoute d’une musique quelconque est un procédé parcellaire et vain. C’est ce que je m’étais contenté de faire auparavant. C’est ici, je le répète, une expérimentation quasi-débridé dans laquelle je tente de faire coïncider imagerie, scène et sonorité. Cela passe avant tout par des figures de style très fortes. La lecture de ce que j’ai fais ne saurait se suffire à elle-même, il est vital d’avoir à l’esprit le matériel d’origine d’où tout provient. Ce billet s’adresse ainsi avant tout à des gens ayant regardé Casshern Sins et si possible ayant l’OST à porté de clic. Chaque titre des compositions de Kaoru Wada est indiqué en gras, chaque paragraphe correspond donc à une composition (je n’évoque pas toutes les musiques bien entendu), à une scène et à des interrogations. Au final on obtient un tout cohérent.

Casshern Sins Original Soundtrack & Casshern Sins Special Complete Original Soundtrack (dans laquelle se trouve LUNA).

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Une longue et intrigante introduction où les violons se font d’une puissante gravité. L’accumulation d’une tension savamment distillée atteint son point culminant jusqu’à l’explosion fatidique. Lui naît de cette ultime torsion assujettie à une pression constante. Il se dresse sous les vents violents, alors qu’autour de lui se déchainent les éléments. Sa naissance est une erreur, son pêché c’est d’exister. Grosses caisses et violons sonnent le début de son périple, un long chemin qu’il souillera de ses Sins.

Son nom est Casshern. Il a tout oublié. Il n’est qu’une surface lisse pareille à une pierre taillée qui ne renvoie rien, n’évoque rien d’autre que sa constitution même. Plongeant son regard en lui il n’y découvre que le vide de l’amnésie. Mais ce vide est sa composition principale, elle le forme, elle l’a débarrassé de ses aspérités. Cette prise de conscience s’accompagne d’une terreur incommensurable, celle de l’inconnue et du doute sans limite. Impossible pourtant de rester extatique face à ce paysage apocalyptique : il amorce le premier pas, celui qui lui permettra d’imprimer objets et choses sur la toile vierge de son âme. Loss of memory n’est qu’un prélude.

Lost World… voilà ce qu’il découvre. Les journées ne sont que poussières déplacées au grès des facéties de rafales de vent sans pitiés. Les bois et les cuivres dépeignent un univers profondément glacé, aseptisé même, comme purgé de toute vie. Là où tout n’est que ruine et désolation, le voyageur s’avance, transperçant l’air contaminé par l’odeur de la mort. Lorsque sa langue humecte ses lèvres c’est le goût du métal qui lui répond.

Accablé par de telles sensations, c’est son regard qu’il tourne vers le chemin qu’il a déjà parcouru. Une immense nostalgie menace son cœur. Elle éprend tout son être sous l’enlacement blafard et neurasthénique des journées crépusculaires à la faveur desquelles l’interminable tintinnabule obsédant du métal en ruine gangrène son esprit. Alors qu’il tourne la tête à l’encontre du futur, du chemin que lui laisse entrevoir l’apaisante cacophonie mortifère des lendemains froids, il se sent défaillir : l’avant… l’après… ainsi pris dans une errance dont il ne peut voir le bout. Roamer.

Une rencontre est la promesse d’une accalmie passagère, RINGO la lui offre.

Pourtant le doute le reprend dans ses égarements. Les interrogations de la chair. Rusty body. Si tôt blesser le voilà régénéré sans aucune marque. Comment évoluer quand un corps ne peut conserver les traces du passé ? L’orchestre tout entier semble accompagner ses questionnements corporels dans une inflexible et lente agonie.

Voici venir de nouvelles raisons de s’enquérir de tout ceci : c’est l’arrivée du miroir, de celui que l’on nomme le double. Il est l’instigateur du changement, peut-être même du renouveau. Car c’est par l’image parfaite qu’il renvoie à Casshern que celui-ci en vient à poursuivre son illimité voyage. DIO and LEDA. L’Adam et l’Eve mécaniques. La première rencontre est à placer sous le signe de la distension, l’intolérable étirement du temps prend la forme d’une rivalité sans borne comme si elle précédait leur naissance. Ils sont pour ainsi dire assujettis à une force incommensurable qui les dépasse, c’est fatalité qui se drape sous le voile de la mort.

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À nouveau esseulé… Casshern, te voilà éprit de l’insensé délectation de ton malheur et ce jusqu’à te sentir dépérir dans les torrents de la mélancolie. L’infini océan de ton infortune t’engloutit, est-ce le néant que tu aperçois à deux pas ? Vas-tu enfin sombrer ? Pour rejoindre le Non-être qui t’as vu n’être. La chaude volupté de cette langueur nostalgique qui t’étreint ressemble à l’illimitée manifestation de ton désespoir. « Qu’importe la douleur de la chair, cette tristesse est ma joie » dis-tu. Ta vie prend peu à peu forme : bien que las, tu sonnes le glas rédempteur de tes peines. Du chaos des mémoires du passé une nouvelle lumière modèle ton tracé. Memory Past.

Sur les décombres du monde se fanent les fleurs resplendissantes. La flute enchantée apaise l’âme des voyageurs et celle de tous ceux qui s’engagent dans cet oasis de vie au milieu d’un monde abandonné. Life of flowers ou l’espoir d’un exutoire.

Peaceful. Traversant lentement l’étendue débordante de vie, une forte contradiction se fait jour en toi. Chaque pas un peu plus en avant écrase une once de cette même vie à laquelle tu aspires. De quel droit entaches-tu les portes du paradis, Casshern ? Une ombre noie toutes tes apaisantes pensées naissantes, jamais elle ne te laissera.

C’est son retour, le double est réapparu : Dark Matter.

Ainsi soit-il. Le temps de l’affrontement est venu. L’air se charge des appendices de la tension, tout autour des deux combattants fait silence. White vs Black. Chacune de vos similitudes vous éloignent un peu plus l’un de l’autre. Principium individuationis.

Le combat s’engage dans une divine symétrie. Par l’exaltation de l’excès les deux adversaires proclament leur existence. Ils modèlent ainsi à leur image le paysage déjà dévasté. Quel honneur que d’admirer béatifié le ballet mortuaire du Blanc et du Noir. Ils sont tels deux lignes parallèles déviants de leur tracé pour se rencontrer dans l’horizon de la mort. Et pourtant vous vous dressez verticalement pour cette bataille, et tendez ainsi du même coup les mains à la vie. Battle mode II.

Cette lutte intestine cesse sous le regard de l’Absolu. Ses paroles sont volupté, sa respiration emprisonne des parcelles de vie alors que son souffle rejette la mort. Sauve-les, sauve-nous, sauve-moi… LUNA.

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Il m’était difficile de faire plus de compositions que cela. Beaucoup sont passés à la trappe et cet état de fait me désole énormément : elles auraient toutes mérité leur place. Kaoru Wada a créé d’immenses chefs-d’œuvre et je ne saurais que trop vous engager à les écouter pour peu que vous aimiez la musique classique… ou que vous ailliez du goût tout simplement.

J’ai aussi scanné la boite contenant le CD et le contenu du petit livre qui va avec. On y trouve à l’intérieur une interview du compositeur, ce serait magnifique si quelqu’un avait la force et le courage de la traduire.

Bordereau / Avant de l’album / Arrière de l’album / Livret 1 / Livret 2 / Livret 3 / Livret 4 / Interview part 1 / Interview part 2 / Interview part 3 / Interview part 4

Jusqu’à maintenant j’étais très tourné vers l’animation japonaise. Désormais, ce blog prend une nouvelle orientation dans laquelle d’autres sujets auront autant de place que les animes.

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Oshii et les OFNIs

Je devais traiter dans ce billet de quelques petites histoires et mangas que Hayao Miyazaki avait dessinés dans la revue Model Graphix. Mais le site Buta Connection fait cela trop bien pour me donner une quelconque envie de redire ce qui a déjà été dit.

Non aujourd’hui, tournons-nous plutôt vers un des Objets Filmiques Non-Identifiés de Mamoru Oshii : Mezame No Hakobune (que j’ai mis plus d’un mois à télécharger quand même! Vive les torrents sans source).

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Un bref retour sur le concept du film et sa projection dans un cadre unique est ici une condition nécessaire afin de pouvoir l’aborder pleinement. Mezame no Hakobune (littéralement « l’Arche de l’Eveil ») aussi appelé Open Your Mind, fut diffusé durant la World Exposition 2005 à Aichi au Japon. Projeté dans un cadre unique, que vous pouvez voir ci-après, l’expérience était soutenue par un traitement typé IMAX qui est un format de pellicule de très grande taille. À titre d’information, il n’existe en France que quatre endroits équipés pour la projection IMAX, dont la Géode et le Futuroscope.

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Poursuivons. Dans la partie centrale de l’arène, au sol, 96 écrans plasma de 50 pouces. Le tout entouré par 139 statues de généraux à tête de chien (« Ku-Nu »), ceux que l’on aperçoit entre autre dans le film, et surmonté par la figure d’une déesse. En hauteur on peut apercevoir les écrans géants qui entouraient la salle. Il s’en dégage une ambiance tout à fait incroyable qu’on aurait aimée expérimenter lors de la première rencontre avec Mezame no Hakobune. Le passage de ce cadre monumental et grandiose à celui d’un écran d’ordinateur ne saurait en aucun cas rendre justice au travail, ainsi qu’à l’essence de ce qu’Oshii a voulu exprimer. Je ne parle que d’Oshii mais il est aidé dans la réalisation par Hiroki Hayashi (auteur de El Hazard, le monde magnifique, réalisateur sur un OAV de Bubblegum Crisis puis sur la série TV Bubblegum Crisis : Tokyo 2040, récemment superviseur des cgi sur The Sky Crawlers) et accompagné comme toujours par Kenji Kawai à la musique.

Bien, mais alors… de quoi est-il donc question dans cette production spéciale me demanderez-vous? Très bonne question monsieur Elkabbach, s’il vous reste du cirage, vous pourrez me faire les pompes.

Open Your Mind présente une épopée : celle de l’origine de la vie, d’une manière assez unique et expérimentale. Elle est composée de trois actes, plus un prologue et un épilogue auxquels Kenji Kawai donna le nom d’intermission. Oshii met ainsi en scène d’une manière tout à fait personnelle des théories sur l’apparition de la vie sur notre planète et des préceptes de la philosophie godai. Philosophie basée sur les cinq éléments, comme souvent en Asie, que sont la Terre (« Chi » en chinois ou « tsuchi » en japonais), l’Eau (« Sui » ou « mizu) », le Feu (« Ka » ou « hi »), le Vent (« Fu » ou « kaze ») et le Ciel (« Ku » ou « sora »). On trouve parfois un sixième élément qui représenterait la Connaissance. Le film part de l’origine extra-terrestre de la vie, en l’occurrence apportée par six déités -donc six éléments- s’écrasant sur Terre. Au long des 35 minutes de l’œuvre on évoluera ainsi d’un milieu aquatique vers celui du ciel, puis jusqu’au sol.

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Dans une forêt ténébreuse on est invité à croiser ces personnages immobiles déjà mentionnées. Impériales, elles sont coiffées par des têtes animales rappelant nombre de dieux égyptiens.  Pourtant il vaut mieux chercher les références du côté du bouddhisme. Sho-Ho est le nom d’un de ces généraux, celui à tête de poisson. On poursuit avec Ku-Nu, possédant une tête de chien, puis le faciès d’aigle : Hyakkin. La musique de Kenji Kawai porte la scène avec brio, elle créer une atmosphère d’étrangeté fascinante, quasi palpable, donnant l’impression d’une rencontre avec des puissances divines inertes. C’est pourtant bien leur inaction qui les rends si intriguant, comme si l’unique chose suffisante était de se contenter d’exister stoïquement, de persister dans une posture si frappante qu’elle en dit plus à elle toute seule que n’importe quel mouvement.

Débute alors « Sho-Ho » : le premier acte.

Tandis que s’offre à nos yeux l’aliment à la base de la chaîne alimentaire marine, Oshii arrive à faire une superposition impressionnante entre les profondeurs des abysses et l’univers. Et c’est ce bref instant ou un œil se découvre telle une galaxie qui frappe par sa justesse. Les fameux chants Noh biens connus que Kenji Kawai a déjà utilisés dans les fameux Ghost In The Shell explosent alors. C’est en fait par eux que se fait la narration, ce qui en fait pour nous, pauvres non-initiés à la langue nipponne, un élément de moins pour saisir intégralement les visions présentées. Ce qu’on peut dire de la 3D en cet instant c’est qu’elle est de très bonne facture. Par certains aspects elle est comparable à ce qui avait été réalisé sur Ghost In The Shell 2 : Innocence sans jamais toutefois en atteindre la beauté plastique irréprochable. La faute sans doute à l’écrasement de cette image pour tenir dans un dvd classique.

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« Hyakkin » fait son apparition et c’est le second acte qui se lance.

On survole une parcelle de notre planète à la manière d’un shoot ’em up, vous verrez bien ce que la chose peut donner. Au court de ce périple on passera de la rencontre avec une créature ailée mystique à la traversée d’une métropole géante tentaculaire. C’est là que l’on sent les limitations du format brider quelque chose et que l’expérience aurait été tout autre dans la salle d’origine. On voit bien, à la façon dont l’image est scindée en plusieurs parties, à quel point l’espace avec les écrans au sol plus les autres alentours était mis à profit.

À Oshii de poursuivre ses métaphores avec les yeux qui renferment l’univers. Manière de rappeler à nos consciences que le monde de l’infiniment petit est un infiniment grand en soi.

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La ligne finale est entamée avec le troisième acte prénommé « Ku-Nu ».

À mon sens la période la plus aboutie car elle met en exergue avec une grande force visuelle de nombreuses thématiques et caractéristiques propre à Mamoru Oshii. La vision d’une créature bizarre, croisement entre un centaure, un homme et un chien semble presque incongrue et difficilement cernable, mais tout s’éclaircira par la suite. On retrouve ultérieurement l’un de mes grands plaisirs chez ce réalisateur : les interfaces complexes nappées de couleur orange. Visibles à foison dans les Ghost In The Shell, ainsi que sous une forme un peu modifié dans le mythique Avalon, ces interfaces graphiques sont un ravissement à observer. Les changements incessants des variables et autres petites claques visuelles sont superbes. On découvre peu à peu l’origine génétique de tout ceci.

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On poursuit avec une séquence de morphisme des plus détonantes. Le bébé, « L’Enfant Roi » est pour ainsi dire détrôné, démystifié par les images. Son caractère de « pervers polymorphe » résonne alors pour quiconque ayant un certain penchant pour la psychanalyse. Lui qui a vu l’avènement de son règne durant tout le siècle dernier et qui semble encore persister de nos jours.

La clôture ce fait là où tout avait commencé.

Vous pourrez le télécharger ici. Pas la peine de vous inquiéter en ce qui concerne les sources. Je suis dessus tous les jours à 12h18mins précise. Non, j’exagère. J’y suis aussi souvent que je le peux en tout cas. Mais au fait… dans les OFNIs il existe aussi un petit Tachiguishi du même réalisateur! Une prochaine fois peut-être.

Sinon des petits trucs d’ego-bloging (c’est inhabituel certes) en vrac pour lesquels je ne vais pas refaire un billet :

  • Evangelion 1.0 revu au cinéma à Paris et ce fut proprement mythique. Voir l’anime prendre toute sa dimension avec un écran de cette taille et une sonorité de la sorte (on a testé l’acoustique de la salle en plus) c’était à chialer.
  • Batman : The Dark Knight enfin visionné… oh mon dieu comme qui dirait!
  • Quand vous lisez un tome d’Aria, n’oubliez pas de mettre en fond sonore l’OST de l’anime. Bonheur décuplé, c’est moi qui vous l’dis.

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