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Archive for the ‘Musique’ Category

(Désolé d’avoir repris le titre d’un de tes mails mon ami, j’espère que tu me pardonneras!)

L’actualisation de ce blog commence à s’amenuir jour après jour. Constatation ô combien pertinente que nous laisserons de côté pour le moment, car aujourd’hui j’ai voulu tenter quelque chose de neuf.

Je m’étais déjà attelé à la tache de chronique d’OST d’anime, c’était avec celle de Kare Kano composée par Sagisu Shiro puis celle de Jin-Roh que l’on doit à Hajime Mizoguchi. Je n’étais pas très satisfait du résultat pour les deux, elles se bornaient à quelques comparaisons avec d’autres compositeurs ainsi qu’à de brèves analyses musicales. De plus elles étaient d’une certaine façon enchainées à quelque chose de très cadré dans le développement : une chanson après l’autre.

Mais Casshern Sins est arrivé, portant avec lui les musiques de Kaoru Wada. Et j’ai senti que je devais en faire plus, bien plus. Après les avoir entendu dans l’anime, l’achat du CD et son écoute m’ont résolument pétrifié. À ce titre, j’ai presque vomis cet essai littéraire, que je veux expérimental, en tout cas dans la lignée d’un autre style d’approche de la musique. Recoucher nos éprouvés sur papier durant l’écoute d’une musique quelconque est un procédé parcellaire et vain. C’est ce que je m’étais contenté de faire auparavant. C’est ici, je le répète, une expérimentation quasi-débridé dans laquelle je tente de faire coïncider imagerie, scène et sonorité. Cela passe avant tout par des figures de style très fortes. La lecture de ce que j’ai fais ne saurait se suffire à elle-même, il est vital d’avoir à l’esprit le matériel d’origine d’où tout provient. Ce billet s’adresse ainsi avant tout à des gens ayant regardé Casshern Sins et si possible ayant l’OST à porté de clic. Chaque titre des compositions de Kaoru Wada est indiqué en gras, chaque paragraphe correspond donc à une composition (je n’évoque pas toutes les musiques bien entendu), à une scène et à des interrogations. Au final on obtient un tout cohérent.

Casshern Sins Original Soundtrack & Casshern Sins Special Complete Original Soundtrack (dans laquelle se trouve LUNA).

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Une longue et intrigante introduction où les violons se font d’une puissante gravité. L’accumulation d’une tension savamment distillée atteint son point culminant jusqu’à l’explosion fatidique. Lui naît de cette ultime torsion assujettie à une pression constante. Il se dresse sous les vents violents, alors qu’autour de lui se déchainent les éléments. Sa naissance est une erreur, son pêché c’est d’exister. Grosses caisses et violons sonnent le début de son périple, un long chemin qu’il souillera de ses Sins.

Son nom est Casshern. Il a tout oublié. Il n’est qu’une surface lisse pareille à une pierre taillée qui ne renvoie rien, n’évoque rien d’autre que sa constitution même. Plongeant son regard en lui il n’y découvre que le vide de l’amnésie. Mais ce vide est sa composition principale, elle le forme, elle l’a débarrassé de ses aspérités. Cette prise de conscience s’accompagne d’une terreur incommensurable, celle de l’inconnue et du doute sans limite. Impossible pourtant de rester extatique face à ce paysage apocalyptique : il amorce le premier pas, celui qui lui permettra d’imprimer objets et choses sur la toile vierge de son âme. Loss of memory n’est qu’un prélude.

Lost World… voilà ce qu’il découvre. Les journées ne sont que poussières déplacées au grès des facéties de rafales de vent sans pitiés. Les bois et les cuivres dépeignent un univers profondément glacé, aseptisé même, comme purgé de toute vie. Là où tout n’est que ruine et désolation, le voyageur s’avance, transperçant l’air contaminé par l’odeur de la mort. Lorsque sa langue humecte ses lèvres c’est le goût du métal qui lui répond.

Accablé par de telles sensations, c’est son regard qu’il tourne vers le chemin qu’il a déjà parcouru. Une immense nostalgie menace son cœur. Elle éprend tout son être sous l’enlacement blafard et neurasthénique des journées crépusculaires à la faveur desquelles l’interminable tintinnabule obsédant du métal en ruine gangrène son esprit. Alors qu’il tourne la tête à l’encontre du futur, du chemin que lui laisse entrevoir l’apaisante cacophonie mortifère des lendemains froids, il se sent défaillir : l’avant… l’après… ainsi pris dans une errance dont il ne peut voir le bout. Roamer.

Une rencontre est la promesse d’une accalmie passagère, RINGO la lui offre.

Pourtant le doute le reprend dans ses égarements. Les interrogations de la chair. Rusty body. Si tôt blesser le voilà régénéré sans aucune marque. Comment évoluer quand un corps ne peut conserver les traces du passé ? L’orchestre tout entier semble accompagner ses questionnements corporels dans une inflexible et lente agonie.

Voici venir de nouvelles raisons de s’enquérir de tout ceci : c’est l’arrivée du miroir, de celui que l’on nomme le double. Il est l’instigateur du changement, peut-être même du renouveau. Car c’est par l’image parfaite qu’il renvoie à Casshern que celui-ci en vient à poursuivre son illimité voyage. DIO and LEDA. L’Adam et l’Eve mécaniques. La première rencontre est à placer sous le signe de la distension, l’intolérable étirement du temps prend la forme d’une rivalité sans borne comme si elle précédait leur naissance. Ils sont pour ainsi dire assujettis à une force incommensurable qui les dépasse, c’est fatalité qui se drape sous le voile de la mort.

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À nouveau esseulé… Casshern, te voilà éprit de l’insensé délectation de ton malheur et ce jusqu’à te sentir dépérir dans les torrents de la mélancolie. L’infini océan de ton infortune t’engloutit, est-ce le néant que tu aperçois à deux pas ? Vas-tu enfin sombrer ? Pour rejoindre le Non-être qui t’as vu n’être. La chaude volupté de cette langueur nostalgique qui t’étreint ressemble à l’illimitée manifestation de ton désespoir. « Qu’importe la douleur de la chair, cette tristesse est ma joie » dis-tu. Ta vie prend peu à peu forme : bien que las, tu sonnes le glas rédempteur de tes peines. Du chaos des mémoires du passé une nouvelle lumière modèle ton tracé. Memory Past.

Sur les décombres du monde se fanent les fleurs resplendissantes. La flute enchantée apaise l’âme des voyageurs et celle de tous ceux qui s’engagent dans cet oasis de vie au milieu d’un monde abandonné. Life of flowers ou l’espoir d’un exutoire.

Peaceful. Traversant lentement l’étendue débordante de vie, une forte contradiction se fait jour en toi. Chaque pas un peu plus en avant écrase une once de cette même vie à laquelle tu aspires. De quel droit entaches-tu les portes du paradis, Casshern ? Une ombre noie toutes tes apaisantes pensées naissantes, jamais elle ne te laissera.

C’est son retour, le double est réapparu : Dark Matter.

Ainsi soit-il. Le temps de l’affrontement est venu. L’air se charge des appendices de la tension, tout autour des deux combattants fait silence. White vs Black. Chacune de vos similitudes vous éloignent un peu plus l’un de l’autre. Principium individuationis.

Le combat s’engage dans une divine symétrie. Par l’exaltation de l’excès les deux adversaires proclament leur existence. Ils modèlent ainsi à leur image le paysage déjà dévasté. Quel honneur que d’admirer béatifié le ballet mortuaire du Blanc et du Noir. Ils sont tels deux lignes parallèles déviants de leur tracé pour se rencontrer dans l’horizon de la mort. Et pourtant vous vous dressez verticalement pour cette bataille, et tendez ainsi du même coup les mains à la vie. Battle mode II.

Cette lutte intestine cesse sous le regard de l’Absolu. Ses paroles sont volupté, sa respiration emprisonne des parcelles de vie alors que son souffle rejette la mort. Sauve-les, sauve-nous, sauve-moi… LUNA.

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Il m’était difficile de faire plus de compositions que cela. Beaucoup sont passés à la trappe et cet état de fait me désole énormément : elles auraient toutes mérité leur place. Kaoru Wada a créé d’immenses chefs-d’œuvre et je ne saurais que trop vous engager à les écouter pour peu que vous aimiez la musique classique… ou que vous ailliez du goût tout simplement.

J’ai aussi scanné la boite contenant le CD et le contenu du petit livre qui va avec. On y trouve à l’intérieur une interview du compositeur, ce serait magnifique si quelqu’un avait la force et le courage de la traduire.

Bordereau / Avant de l’album / Arrière de l’album / Livret 1 / Livret 2 / Livret 3 / Livret 4 / Interview part 1 / Interview part 2 / Interview part 3 / Interview part 4

Jusqu’à maintenant j’étais très tourné vers l’animation japonaise. Désormais, ce blog prend une nouvelle orientation dans laquelle d’autres sujets auront autant de place que les animes.

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Un billet que je veux aujourd’hui un peu différent : par l’intermédiaire d’une OST, celle de Jin-Roh – La Brigade des Loups, j’essayerais en plus de la chroniquer d’aborder très succinctement le thème de la mélancolie par divers chemins.

« Vivre seul signifie ne plus rien solliciter, ne plus rien espérer de la vie. La mort est la seule surprise de la solitude. Les grands solitaires ne se retirèrent jamais pour se préparer à la vie, mais, au contraire, pour attendre, résignés, le dénouement. On ne saurait ramener des déserts et des grottes un message pour la vie. »
E. Cioran, Sur les cimes du désespoir

La bile noire, l’influence de Saturne, le spleen, le mal du siècle, la dépression. Autant de mots pour qualifier un état d’âme dont le sens a énormément fluctué au fil du passage des siècles et des hommes.
Durant l’Antiquité elle fut une des quatre humeurs d’Hippocrate. Elle était aussi l’apanage des intellectuels, Aristote dans son Problème XXX se questionnait déjà : « Pourquoi tous les hommes qui furent exceptionnels en philosophie, en politique, en poésie ou dans les arts étaient-ils manifestement mélancoliques… ? ». Au Moyen Age elle n’était qu’un déséquilibre de l’humeur, la fameuse acedia. La Renaissance lui donne une significativité créative, elle devient par la suite spleen chez Baudelaire. Qu’elle est-elle aujourd’hui sinon une affliction psychopathologique à éradiquer ?

M’est avis que H. Mizoguchi (et le film d’animation Jin-Roh plus généralement) lui redonne un sens lié à l’art, au génie. Après revisionnage de ses interviews j’en déduis que c’est un état qui lui colle à la peau de toute façon. Il a cette manière particulière et pourtant si compréhensible de voir les choses du monde : du plus beau des rayons de soleil il n’en retient que la grandeur des ombres qu’il produit. La mélancolie comme belle, la dépression comme point d’orgue. Combien d’exemple avons-nous d’artistes liés à cet état durant leur vie ? Il n’est point besoin d’aller chercher loin pour nous qui plus est… par exemple combien d’année de dépression a vécu H. Anno avant de refaire surface avec Neon Genesis Evangelion ?


Faisons tout de même retour à notre sujet : la musique de Mizoguchi dans Jin-Roh.
Je vais mettre de côté pas mal de pistes que je vous laisse le plaisir (et la tristesse) de découvrir par vous-même.
L’album démarre sur un nom qui n’a rien d’anodin « A Monologue », c’est-à-dire ici dans la solitude des violons. Un arrachement de musicalité forte et poignante qui, si je pousse l’analogie très loin, me rappelle le détachement de l’enfant naissant à son univers absolument narcissique : celui du ventre de la mère. Et déjà dès les premiers instants je me permets de faire un lien avec le « Cantique en mémoire de Benjamin Britten » de A. Pärt, car les émotions éprouvées, les tonalités utilisées concordent incroyablement. Dans les deux cas la notion de perte propre au deuil (que l’on retrouve dans la mélancolie à un autre niveau bien entendu) est divinement retranscrite. Le second morceau « Main Theme » impose par son entrée en matière et l’utilisation d’une guitare électrique plaintive et d’une grande beauté. C’est une piste détonante où viennent se mélanger à la guitare des chœurs tribaux ainsi que des percutions très appuyées. « Dark Star » est, comme son nom l’indique, une piste très sombre où les violons et un violoncelle se secondent. Jusqu’à ce que ce dernier calme sa plainte pour laisser les violons partir dans une envolée lyrique.
Vient ensuite « Blue Clouds », un pur chef d’œuvre de nostalgie. Une piste incroyable de part son utilisation d’une guitare classique et d’un piano au milieu des cordes. Les premiers sons de la guitare sont à proprement parler éblouissants et pleins de tristesse. À l’arriver du piano la mélodie semble dériver, en se tournant vers l’espoir et vers une quête de rédemption bientôt repris par les violons. Mais c’est sans compter sur la guitare qui fait retour à la fin annulant presque cet effet. Un morceau qui fait forcément penser au deuxième mouvement du « Concerto de Aranjuez » de J. Rodrigo que tout le monde connaît même si vous ne savez pas qu’il est de lui. Mouvement qu’il a d’ailleurs composé peu après la mort de son fils (qui est mort-né) comme pour l’aider dans son travail de deuil. On y trouve là aussi des formes d’acceptations matérialisées par une guitare qui se fait excitatrice par moment.
Ce style de Mizoguchi se poursuit dans « Fragance Rain » un morceau bref, représentatif de cette tristesse qui plane sans cesse dans le film. Ici encore, piano, guitare et violons font merveilles… particulièrement les passages dans lesquels guitare et piano se répondent. Avec « Latest Flame » ce sont piano et violons qui montent ensemble vers les cimes du divin. Mais ce moment éphémère ne servira qu’à amplifier la noirceur de ce qui va lui succéder. L’escalade lyrique est reprise ensuite dans une forme encore plus poignante pour finir sur des violons à nous glacer le sang. « Curse » (malédiction en anglais) commence d’une façon intrigante et froide. Le thème principal est dans ce morceau très sombre jusqu’à une envolée qui est, ici, non pas pleine de couleur, mais belle et bien pleine de noirceur. Et que dire sur « Pride » ? Une mélodie au piano lente, triste et donc forcément belle. Mizoguchi semble reprendre les meilleurs moments de ses deux pistes précédentes en laissant cette fois la part principale au piano.
« Long Destiny » semble faire cas à part avec son commencement à la harpe, pourtant le compositeur utilisera par la suite les mêmes recettes que précédemment. Rien de péjoratif à cela bien entendu. « The Force » est une mélodie pleine de la puissance de ses percutions et dont les chœurs, étranges et mystiques, semblent clamer une longue plainte déchirante en constatant la folie des hommes.

On a du mal à ne pas croire que l’on vient d’approcher un état quasi-divin avec « Angel ». Les mots font ici défaut pour retranscrire cette expérience avec si peu de pareil. Le piano ce fait divin, somptueusement triste, proche d’une perfection inatteignable autrement que par le domaine de l’art. Ce morceau à lui seul représente la terrible lucidité du mélancolique, bien trop conscient de la fuite du temps, de la velléité des choses. Il m’a alors été impossible de ne pas penser au fameux « Spiegel im Spiegel » de A. Pärt -encore lui oui- que je conseil vivement à tous ceux qui perdraient la tête en écoutant « Angel ». Ou encore toujours par le même compositeur sa « Für Alina » qui est monstrueuse de simplicité (on est toujours dans le courant minimaliste il faut dire) et pourtant porteuse de tellement d’émotion.
Le temps pour conclure arrive par l’intermédiaire de « Grace ». Mizoguchi qui a voulu à ce moment exprimer toute la cruauté du conte du petit chaperon rouge que M. Oshii avait choisi fit appel à Gabriela Robin (Yoko Kanno donc, son épouse bien connue) pour le chant. Cette cruauté passe par une voix claire, cristalline, sans aucun accompagnement au début et dont les paroles n’ont pas de sens car provenant d’une langue imaginaire. Lorsque celle-ci s’arrête, violons et percutions se déchaînent en une symphonie dure et poignante. Le tout complété par des chœurs en retrait ainsi qu’une guitare électrique faisant quelques brèves apparitions. Le final nous laisse plein d’effroi. Tout autant que la très douloureuse symphonie n°3 de H. Gorecki, celle dite « Symphonie des Chants Plaintifs » (le second mouvement en particulier).

Souvenez-vous la fin de Jin-Roh et sa dernière phrase « Et le loup dévora le petit chaperon rouge. », suivit par « Grace ». L’effet est saisissant.

À l’heure de la quête d’un bonheur insaisissable à tout prix.
Aux heures d’une société qui, années après années, répète sans cesse les mêmes slogans positivistes affligeants.
En ces temps il est bon de voir que certains sont encore capables de lier génie et mélancolie avec une telle audace.

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Encore quelque chose sur Kare Kano décidément. J’avais juste envie d’essayer une fois cette exercice qui est celui de la chronique d’une musique d’anime. Je me cantonnerais ici à l’Act 1.

Acte difficile que de tenter pour la première fois la critique d’une OST… surtout lorsque l’on n’a aucune notion de solfège et que l’on a pour soit que les sentiments, les impressions que la musique porte.

Le compositeur de l’anime Kare Kano n’est autre que Shiro Sagisu. Le monsieur responsable entre autre de l’immense musique présente dans Neon Genesis Evangelion.
Dès lors par où commencer ? Pas par lui justement car l’opening est de Fukuda Mai et s’intitule « Tenshi no Yubikiri », une mélodie incroyablement entraînante portée par une voix sans fioriture, qui ne tente pas d’en faire trop. Le titre résonne facilement dans la tête et on se prend à le fredonner avec un sentiment mélangé de joie et de plaisir, tout comme les images de l’opening qui ne manqueront pas de vous revenir la chanson est aérienne, nous invitant peu à peu à quitter le morne sol bétonné pour rejoindre ces personnages dans les cieux.

Je diviserais ensuite l’OST en deux types de musiques (sans ordre précis dans l’ordonnancement de celles-ci) : des rythmes d’un ton joyeux et galvanisant qui accompagnent principalement les moments amusants –ceux où le SD (Super Deformed) prédominent- de l’anime. Ainsi que des mélodies bien plus romantiques et dramatiques où le piano fait son travail.
Commençons alors par « Koremade no Arasuji » sorte de thème mélodique digne d’une fanfare humoristique où violons, tambours et cors se partagent le haut du tableau. Lui succède « Miyazawa Yukino I » avec des violons et un piano impérieux exigeant aux cuivres de démarrer à leur suite, bref la vanité de Yukino incarnée. Un morceau très plaisant, fin et en même temps plein de prestance et d’insistance. Il se poursuit d’ailleurs dans la même veine avec « Miyazawa Yukino II » sauf que cette fois ci le piano a disparu laissant place à un dialogue entre cors et cuivres. Dans « Hibi Heiwa » la mélodie ce fait plus douce, teintée d’espièglerie avec ces cordes de violons tantôt attaquées par l’archet tantôt pincées. On change de registre grâce à « Tenka Taihei » une musique que je qualifierais plutôt d’ambiance dans laquelle les percutions accompagnent une trompette virevoltante et pleine d’entrain. Pour terminer sur ce style de rythmique entraînante nous avons « Miyazawa-ikka » où l’on pourrait croire entendre les deux petites sœurs de Yukino sur un thème à la fois malicieux et enjoué secondé par un piano, des cuivres et des percutions très groovy.

Entrons dans une seconde partie à l’opposée de la première. Il s’exprimait avant une joie de vivre qui va se transformer en romance voir en drame. La première représentation en étant « Eshajouri » qui nous propose un piano en solo dans le début de la piste (comme souvent). Ce piano sait se faire pur et blanc en même temps que grave dans des sonorités plus basses. Il est plus loin rattrapé par un cuivre qui clame dans la nuit son existence afin de rejoindre le piano dans ses facéties. Dans « Arima Soichiro II » le piano qui démarre dans une clarté faite de répétitions très belles, est accompagné bien vite par des violons pour une apothéose lyrique qui retombera en un silence. Silence où le piano reprendra la mélodie précédente. Une piste très ambivalente, pleine de bonne humeur et de nostalgie à la fois comme seul Arima peut l’être. « Arima Soichiro I » emploie quant à elle un ton bien plus grave et triste où les violons se placent parfois admirablement en canon pour mieux sublimer la mélopée du piano. Un rythme plutôt répétitif que Sagisu utilise souvent dans les moments dépressifs. Il n’est d’ailleurs pas anodin que celui-ci fasse penser parfois à quelques compositions de Michael Nyman, particulièrement celles de « La leçon de piano ».
On passe à son penchant féminin avec « Miyazawa Yukino IV » qui débute par un violoncelle très sombre nous emmenant sur une fausse piste : les violons se placent ensuite en contrecoup par rapport à lui dans un thème plus clair complètement sublimé par une flûte étrange. Une mélodie là encore s’appuyant sur deux ressenties opposés, d’un côté l’hésitation et la peur de Yukino et de l’autre sa grande attirance incomprise (dans les premiers temps) pour Arima. Avec « Miyazawa Yukino V » c’est une très belle mélodie qui nous est offerte. Les notes graves et aiguës du piano se succèdent relayant avec force et insistance des tonalités anxieuses et pleines de doute. Les images des notes blanches et noires du piano entrant en résonance avec le noir et le blanc des croquis de l’anime.
C’est enfin avec « Ikki Ichie » que j’en terminerais. Sûrement une des plus belles mélodies jamais entendues, une des plus grandes réussites de Sagisu. Les pulsations régulières, les répétitions de phrases parfois avec ou sans variations graduelles du piano rappellent à juste titre les plus belles compositions de l’école minimaliste. Le ton grave du piano ce muant en une douceur nostalgique d’une rare beauté. On pense alors à ce qu’à fait un certain Philip Glass dans ses « Metamorphosis pour piano » ou dans les « Madrush ». C’est que sur ces thématiques lentes, belles et répétées Sagisu ce hisse facilement au niveau des grands, la chose est à ce propos encore plus frappante dans les OST suivantes.

Le verdict tombe comme une évidence: à écouter d’urgence.

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